Clarté

Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!
Septembre 2006 - Vol. 2, no 7

Sommaire

1. Mettons fin à l'occupation de l'Afghanistan par le Canada
2. Le récolte d'opium 2006 : tous les records battus
3. «Les conservateurs de Harper devraient démissionner»
4. Cuba, la révolution est là pour le bon
5. Le désespoir du peuple afghan (portions)
6. Une paix au Liban alors que les États-Unis préparent une guerre contre l'Iran
7. Palestine - Bande de Gaza
8. Le terreur au quotidien
9. Le sionisme : du national socialisme
10. Israël, pétrole et démolition du Liban
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Clarté
Prolétaires de tous les pays,
peuples et nations opprimés.
Unissez-vous!

Rédacteur en chef: Robert Luxley

3961, av. Barclay, app. 4
Montréal (Québec) Canada H3S 1K9
Cellulaire : (514) 212-3857 - Téléphone : (514) 737-7817
Courriel : pueblo@sympatico.ca

Clarté est publié 8 fois par année par
Les « Éditions de Clarté »

La reproduction des articles et des photos est autorisée( et même encouragée) à condition d’en mentionner la source.
Dépôt légal Bibliothèque Nationale, 2004.

Imprimé par les travailleuses et travailleurs syndiqués de l’Imprimerie Payette & Simms

Les articles non signés expriment le point de vue de l’organisation. Les articles signées sont personnels.

Nous invitons nos lecteurs et lectrices a nous écrire

Collaborateurs et collaboratrices: Pierre Bibeau, Paul Fougères, Fabiola Mella, William Sloan

Traducteurs: Antonio Artuso, Normand Raymond

Infographie: Sylvain Archambault, Antonio Artuso

Le PCQ en quelques mots

Le Parti communiste du Québec est un parti dédié à la défense des intérêts de la classe ouvrière. Ses membres sont actifs au sein des syndicats, des organisations communautaires et populaires, auprès des jeunes, du mouvement des femmes et des organismes de solidarité internationales.

Les rangs du PCQ sont ouverts à tous ceux et celles qui veulent lutter contre l’exploitation et contre toutes les formes d’injustice, en particulier l’oppression du peuple québécois, et pour l’abolition du système capitaliste et son remplacement ultime par le socialisme, puis par le communisme. Pour parvenir à ces objectifs, nous croyons essentiel que la classe ouvrière s’unisse et conquière, en alliance avec les autres couches exploitées de la population,le pouvoir politique.

Les membres du PCQ font également partie du Parti communiste du Canada (PCC). Le PCQ possède cependant un statut particulier au sein du PCC. Ce statut découle de la reconnaissance au sein du mouvement communiste du fait national québécois.

Depuis sa fondation, en 1921, le Parti communiste a accumulé une grande expérience. Son histoire est intimement liée à de nombreuses avancées des mouvements ouvrier et populaire.

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Mettons fin à l'occupation de l'Afghanistan par le Canada

Appel à l'action le 28 octobre, 2006
Mettons fin à l'occupation de l'Afghanistan par le Canada

Le Collectif Échec à la guerre, L'Alliance canadienne pour paix, le Congrès du travail du Canada et le Congrès islamique du Canada lancent conjointement cet appel à une journée de protestation pan-canadienne, le 28 octobre 2006, pour exiger le retrait des troupes canadiennes d'Afghanistan. Ce jour-là, des gens de partout s'uniront pour dire à Stephen Harper que nous rejetons son appui enthousiaste au militarisme canadien et étasunien.

Alors que la population afghane souffre toujours des ravages de la guerre, le mois d'octobre 2006 marquera le 5e anniversaire de l'invasion et de l'occupation de l'Afghanistan. La reconstruction n'y progresse aucunement et les besoins du peuple ne sont pas satisfaits. Le pouvoir du nouvel État afghan, largement constitué de seigneurs de guerre dont les assises sont liées au commerce de la drogue, ne pourra amener la réalisation des aspirations démocratiques du peuple. En fait, selon les rapports de Human Rights Watch des dernières années, ces seigneurs de guerre ne respectent pas plus les droits humains que les Talibans.

On nous dit que le but de cette guerre est d'extirper le terrorisme et de protéger nos sociétés. Mais l'approche brutale d'une occupation militaire qui tente d'imposer un régime sympathique aux intérêts des États-Unis amènera plus d'Afghans aux mouvements de résistance. Et nos sociétés n'en seront que plus - et non moins - sujettes aux attaques terroristes. Aucun débat parlementaire sur la tactique militaire ne pourra changer cette réalité. En fait, la violence augmente et les attaques se multiplient contre les troupes étrangères et les civils afghans.

Même si les soldats canadiens peuvent partir en Afghanistan avec les meilleures intentions, ils opèrent sous les auspices d'un projet étasunien d'édification d'un État fort peu soucieux des besoins du peuple afghan. Les intérêts étasuniens et canadiens reposent plutôt sur l'imposant projet de pipeline trans-afghan (PTA) d'une valeur de 3,2 milliards $, qui amènera le pétrole de la région caspienne, à travers le sud de l'Afghanistan (où le Canada est stationné), vers les ports du Pakistan. Ce n'est pas un secret que le PTA a dominé la politique étrangère des États-Unis envers l'Afghanistan depuis 10 ans. A présent, les compagnies pétrolières et gazières canadiennes y ont leurs propres intérêts.

Au cours de la dernière décennie, le rôle des Forces armées canadiennes à l'étranger a changé et la politique étrangère canadienne est devenue une réplique du discours impérial étasunien. Le résultat de ce processus apparaît maintenant au grand jour avec le rôle de nos troupes dans le sud de l'Afghanistan, avec l'accroissement énorme des budgets alloués aux dépenses de guerre et de "sécurité", avec les discours à-la-Bush de Stephen Harper, avec les campagnes de peur à propos du "terrorisme d'ici" pour accroître l'appui à ces changements inquiétants. C'est précisément en s'engageant dans cette voie que des jeunes soldats canadiens seront tués, que notre société sera davantage en danger et détournera de plus en plus de ressources pour semer la mort et la destruction en Afghanistan. Nous exigeons le gel des budgets militaires et sécuritaires jusqu'à ce qu'un débat en profondeur soit mené sur ces questions à travers tout le Canada.

La mission en Afghanistan a déjà coûté plus de 4 milliards aux CanadienNEs. Cet argent aurait pu servir à satisfaire des besoins humains réels au Canada et ailleurs. Au lieu de cela, il sert à tuer des civils en Afghanistan et à promouvoir les intérêts de grandes compagnies.

Le 28 octobre, prenons position : Troupes canadiennes hors de l'Afghanistan maintenant!

Pour plus d'information, consulter : http://www.acp-cps.ca ; http://www.echecalaguerre.org/ ; http://www.clc-ctc.ca/ ; http://www.canadianislamiccongress.com/

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 Le récolte d'opium 2006 : tous les records battus

De nos jours, l'Afghanistan produit 92% de l'opium mondial, à partir duquel on fabrique la morphine et l'héroïne. La récolte de 2006 dépasse de 30% la consommation mondiale actuelle. Dans la province de Helmand, dans le sud, la production d'opium s'est accrue d'au moins 162%. Cette province fournit à elle seule 42% de la production afghane. Antonio Maria Costa, responsable à l'ONU de la lutte contre la drogue, a présenté un rapport à ce sujet dans la capitale afghane, Kaboul ¹. En même temps, il met en garde contre une forte recrudescence de la révolte populaire qui pourrait aboutir au renversement du régime pro-américain du président Karzaï. La situation ne cesse d'empirer, malgré la présence militaire massive, la répression sévère et l'optimisme béat des communiqués de presse.

Costa a accusé des fonctionnaires corrompus de retenir d'énormes sommes d'argent provenant des organisations humanitaires internationales. Il exige que soient démis de leurs fonctions et poursuivis les responsables gouvernementaux et chefs de la police des provinces productrices d'opium. Le commerce international est une affaire plus que juteuse représentant quelque 2,7 milliards de dollars et 100 000 morts par an.

(Solidaire, PTB)

l BBC-news, 2 septembre 2006.

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«Les conservateurs de Harper devraient démissionner»

Le texte suivant est une traduction d'un article publié dans le numéro du 1er septembre 2006 de « People's Voice », le principal journal communiste du Canada. Les articles peuvent être republiés si la source est mentionnée.

Dans une déclaration émise peu avant le récent cessez-le-feu, le Parti communiste du Canada a affirmé qu'il appuie les exigences suivantes:
Imputation à Israël des crimes de guerre flagrants perpétrés au cours de cette agression et obligation d'indemniser entièrement le Liban et l'Autorité palestinienne pour toutes les pertes humaines et matérielles causées directement par son agression.

La déclaration affirme aussi :

« (...) Cette crise a révélé, une fois de plus, le vrai visage des conservateurs de Harper, leurs liens étroits avec les transnationales pétrolières et leur empressement à accélérer l'abandon de la souveraineté canadienne. Harper et son gouvernement ne parlent pas au nom de la majorité des Canadiens/iennes, qui veulent que notre pays constitue une voix puissante en faveur de la paix mondiale et opposée à de nouvelles guerres et agressions. Les conservateurs ont ainsi perdu le droit de diriger et devraient démissionner (...)

(...) Cette dernière tragédie est due aux politiques appliquées de longue date par le gouvernement israélien, qui sont basées sur l'idéologie expansionniste et raciste propre au sionisme et ne tiennent pas compte des souffrances et des destructions qu'elles ont causées aux peuples et aux États arabes avoisinants. Pour attendre ces buts, l'État d'Israël s'est toujours moqué du droit international et, grâce à l'aide et à la protection de l'impérialisme états-unien, a rejeté des douzaines de résolutions des Nations Unies qui auraient pu constituer la base d'un règlement juste et durable au conflit du Moyen Orient.

Des gouvernements successifs d'Israël ont pris des territoires palestiniens et ont construit le "mur de séparation", qui a été jugé illégal par le Cour internationale de justice. Les Forces de défense israéliennes arrêtent et torturent constamment les Palestiniens des Territoires occupés, assassinent des militants et des dirigeants, détruisent des maisons, des cliniques et des écoles. Israël essaie d'étrangler le gouvernement élu du Hamas et déclare avec arrogance qu'il a le droit de fixer unilatéralement les frontières finales en annexant des terres palestiniennes au «Grand Israël».

La seule solution juste pouvant garantir une paix authentique et durable dans la région doit être basée sur les résolutions des Nations Unies, qui exigent : la fin de l'occupation illégale de tous les territoires saisis au cours de la guerre de 1967, y compris Jérusalem Est; l'établissement d'un État palestinien viable et véritablement indépendant; le droit de retour de tous/toutes les réfugiés/iées palestiniens/iennes; et l'acceptation d'établir des rapports de coopération avec un État palestinien vraiment indépendant et souverain. Aucune autre "feuille de route" ne peut garantir une paix authentique et durable dans la région.

Le moment est venu pour les pays du monde d'exercer des pressions sur Tel-Aviv et sur ses alliés impérialistes pour qu'ils acceptent une telle paix durable et juste, en imposant des sanctions et un boycottage total de l'État-voyou d'Israël.

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Cuba, la révolution est là pour le bon

Éditorial paru dans le People's Voice, Sept. 1-15, 2006

Les nouvelles annonçant le succès du traitement chirurgical pratiqué sur le président Fidel Castro ont remonté le moral de tous ceux qui reconnaissent le valeureux rôle de Cuba dans les luttes mondiales pour la paix et le progrès social. Nous souhaitons un plein rétablissement à Fidel, ainsi qu'un prompt retour à ses fonctions en tant que chef de l'État cubain.

Entre-temps, les morbides célébrations tenues par les cercles d'extrême droite en Floride sont rapidement tombées à plat. Nous avons un message pour ces forces terroristes et leurs bailleurs de fonds provenant de Washington : «la Révolution cubaine ne faiblira pas lorsque Fidel entrera dans l'histoire».

L'histoire de l'Amérique latine est bondée de héros exceptionnels, de Simon Bolivar et José Marti, dans le passé, à Luis Emilio Recabarren, Che Guevara, Salvador Allende et plusieurs autres au cours du XXe siècle. Dans presque tous les pays d'Amérique latine, les luttes révolutionnaires ont défié l'oppression brutale et le pillage de l'impérialisme, mais dans la plupart des cas, l'impérialisme yankee aidé par les élites locaux au pouvoir a fini par réprimer ou renverser ces mouvements.

Jusqu'à maintenant, la Révolution cubaine a prouvé que la transformation sociale fondamentale constitue une véritable solution de rechange à l'exploitation capitaliste dans notre hémisphère. Encore plus significatif, Cuba a défendu sa Révolution face à un blocus paralysant, impulsé par les États-Unis et d'innombrables complots en vue de déstabiliser et renverser sa direction élue démocratiquement. Étant donné le solide appui au sein de la classe ouvrière et des paysans, la principale base sociale de tout gouvernement révolutionnaire, le système socialiste cubain survivra et continuera à épanouir à la suite d'un éventuel changement de direction dans le futur.

Ceci est particulièrement vrai, avec les avancées considérables des forces progressives et de gauche dans la région. Cuba n'est plus largement isolée; elle fait partie d'une nouvelle alliance entre des pays qui soutiennent le progrès social, le renouveau démocratique et la défense de la souveraineté nationale. La contribution de Fidel à ce processus en est son plus grand (legs), laquelle continuera à transformer notre hémisphère au cours des prochaines décennies!

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Le désespoir du peuple afghan (portions)

Discours prononcé le 9 septembre 2006, à Québec, lors du Congrès du NPD fédéral, Canada par MALALAI JOYA, jeune députée au Parlement afghan

Au nom de la démocratie et de la paix, mes chers amis, j'aimerais vous transmettre les salutations les plus chaleureuses du peuple afghan. Avant de parler de la situation dans mon pays, je tiens à remercier, du fond de mon coeur, mes amis au Nouveau Parti démocratique, qui ont pensé à leurs soeurs afghanes et qui m'ont invitée à ce rassemblement.

Mes amis honorables, cinq ans après la chute du régime misogyne et anti-démocratique des Talibans, presque cinq ans après le début de l'attaque menée par les États-Unis contre l'Afghanistan, vous aimeriez sans doute que je vous parle du progrès et des résultats positifs en Afghanistan, mais j'ai le regret de vous informer que l'Afghanistan est encore une terre en proie à une incendie double.

Le gouvernement américain a effectivement renversé le régime des Talibans, avec son esprit médiéval et ses maîtres d'Al Quaeda. Mais, ils ont permis que l'Alliance du nord accède à nouveau au pouvoir. Ce groupe ressemble aux Talibans sur le plan des croyances, et ils sont aussi brutaux et anti-démocratiques que les Talibans. Parfois encore pires.

En décembre 2003, à titre de représentante à la grande assemblée, j'ai parlé de la criminalité de l'Alliance du nord, et des dangers auxquels ils exposerait l'Afghanistan. Mais aujourd'hui, même l'ONU accepte que l'Afghanistan devienne un narco-état sous leur régime.

Il faut que je vous dise que malheureusement, la situation désespérée du peuple afghan n'a pas changé. Lorsque le pays tout entier vit à l'ombre de l'arme à feu et des seigneurs de guerre, comment ses femmes peuvent-elles jouir des libertés les plus fondamentales? Contrairement à la propagande diffusée par certains médias dans l'Ouest, les hommes et les femmes en Afghanistan n'ont pas été « libérés » du tout.

Selon les Nations Unies, c'est un pays qui fait face à une crise de santé qui est considérablement pire que celle occasionnée par le tsunami. Sept cents enfants et entre 50 et 70 femmes meurent chaque jour, faute de services de soins de santé. Le taux de mortalité des mères et des enfants est encore très élevé : entre 1600 et 1900 femmes sur 100 000 meurent en couches. L'espérance de vie est inférieure à 45 ans.

Chez les femmes afghanes, le taux de suicide est terriblement élevée. Selon un sondage récent effectué par UNIFEM, 65% des 50 000 veuves à Kabul voient le suicide comme la seule issue pour s'échapper de la misère noire dans laquelle elles se trouvent. De plus, le sondage prouve que la majorité des femmes afghanes sont victimes de violence psychologique et sexuelle.

Dans un pays qui a besoin d'énormément d'efforts de reconstruction, 40% de la main-d'oeuvre est au chômage, et une vaste majorité vit au-dessous du seuil de la pauvreté. L'Afghanistan se classe 175e sur les 177 pays de l'indice du développement humain de l'ONU.

Il est ironique que cela se passe dans un pays qui a reçu 12 milliards de dollars, et qui s'est vu promettre encore 10 milliards de dollars au congrès à Londres l'année passée. Mais cet argent finira principalement dans les poches des seigneurs de guerre, pour qu'ils puissent mieux opprimer notre pays.

Les crimes et les actes de brutalité commis par les seigneurs de guerre extrémistes persistent, et ce, sous le nez des troupes américaines et de l'ISAF. Des bandits armés de l'Alliance du Nord ont violé Fatima, âgée de 14 ans, ainsi que sa mère. Ils ont violé Rahima, 11 ans, et sa grand-mère de 60 ans. C'est un pays où Amina, 30 ans, a été tuée par lapidation, où Nadia Anjuman est devenue la cible facile de la violence de son mari parce que celui-ce avait la certitude de bénéficier de l'appui des seigneurs de guerre de l'Alliance du Nord misogyne.

Sous le régime des Talibans, le ministère du Vice et de la Vertu est devenu le symbole d'abus arbitraires, surtout aux dépens des femmes et des filles afghanes. Pourtant, aujourd'hui, le cabinet afghan a décidé encore une fois de rétablir ce ministère horrible plutôt que de se concentrer sur les besoins criants de la société afghane.

Dans une déclaration de l'année passée, le comité américain pour la protection des journalistes, (Committee to Protect Journalists), a dit : «Les journalistes afghans font face à des pressions sévères exercées par les autorités afghans, y compris des menaces, l'intimidation, même l'incarcération et le meurtre.» Voici ce qui se passe pendant que M. Karzai et les médias de l'Ouest parlent de la liberté d'expression en Afghanistan.

Ceux qui défendent la justice sont menacés de mort. Le 7 mai, 2006, j'ai été agressée physiquement par deux députés au Parlement qui soutiennent les seigneurs de guerre et les drogues, parce que j'avais dit la vérité. J'avais parlé des crimes de l'Alliance du Nord. L'un d'entre eux a même crié : «Prostituée, prenez-la et voilez-la!»

Plutôt que de se fier aux gens pour traduire en justice ces seigneurs de guerre criminels, le président Hamid Karzai leur donne des postes supérieurs. Par exemple, cette année, il a nommé treize anciens commandants, avec des liens à la contrebande de drogues, au crime organisé et aux milices illégales, à des de postes  de hauts dirigeants au sein de la police.

En raison de la situation tragique en Afghanistan, les 4 millions de réfugiés afghans inscrits en Iran et au Pakistan, n'ont guère envie de retourner dans leur pays.

Mes chers amis, le gouvernement américain ne cesse de dire qu'il ne répétera pas les erreurs du passé en appuyant les extrémistes. Mais la vérité déchirante est que les États-Unis commettent exactement les mêmes erreurs. Ils appuient les extrémistes de façon généreuse, plus que jamais. Les États-Unis dépendent de l'Alliance du Nord, ceux-là mêmes qui ont transformé l'Afghanistan en enfer entre 1992 35 1996, et qui posent encore un danger énorme à la stabilité dans mon pays.

Kathy Gannon, spécialiste en Afghanistan, dit avec raison que «les États-Unis ne s'intéressent pas à la paix en Afghanistan. Ceux qui ont tué des milliers de personnes, ceux qui ont appuyé l'industrie de la drogue, dirigent le pays.»

. . .  Je pense qu'aucun pays ne peut donner la liberté à un autre pays. Seulement le peuple lui-même peut s'affranchir. Les événements actuels en Afghanistan et en Irak en sont la preuve.

Je pense que si le Canada et d'autres gouvernements tiennent vraiment à aider le peuple afghan et à effectuer des changements positifs, il faudrait qu'ils agissent de façon autonome, plutôt que de devenir un outil avec lequel le gouvernement américain peut imposer ses mauvaises politiques. Il faut qu'ils s'alignent sur les besoins et les désirs du peuple afghan et qu'ils cessent d'aider les seigneurs de guerre et les éléments réactionnaires et ignorants au sein du système. C'est seulement en adoptant une telle approche que les pays pourront gagner la confiance des gens et prouver leur amitié envers le peuple afghan.

Nous sommes profondément désolés pour la perte des soldats canadiens en Afghanistan. Si le gouvernement canadien ne peut pas agir de façon indépendante plutôt que de suivre le programme du Pentagone, nous craignons que les efforts des troupes canadiennes ne servent que le gouvernement américain avant tout, et non pas le peuple afghan.

. . . Je suis consciente des difficultés et des défis, et du risque de mourir aux mains des forces anti-démocratiques. Mais je me fie à mon peuple. Un jour ils pourraient me tuer, puisqu'ils ont des armes à feu, ils détiennent le pouvoir et ils ont l'appui du gouvernement américain, mais ils ne pourront jamais me réduire au silence ni cacher la vérité.

Merci.


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Une paix au Liban alors que les États-Unis préparent une guerre contre l'Iran

Le texte suivant est une traduction d'un article publié dans le numéro du 1er au 15 septembre 2006 de «People's Voice», principal journal communiste du Canada. les articles peuvent être republiés si la source est mentionnée.

par Darrell Rankin


Après un mois de bombardements criminels semblables à ceux de la campagne «Shock and Awe» (Choc effroi) et après la guerre terrestre menée par Israël au Liban, dont l'avance a fini par être paralysée, le président Bush et le gouvernement israélien ont accepté, le 11 août, un règlement au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui pourrait n'être que temporaire.

Malgré les importantes manifestations anti-guerre et la résistance anti-impérialiste acharnée, il est de plus en plus évident que nous devons, au cours de ce cessez-le-feu, agir rapidement pour développer l'unité dans nos rangs et préparer de nouvelles mobilisations pour contrer les objectifs impérialistes les plus dangereux.

Des douzaines de milliers de personnes ont manifesté contre les apologistes des crimes de guerre israéliens, entre autres le premier ministre Stephen Harper. Alors que la guerre se poursuivait, le Parti communiste du Canada a exigé de Harper qu'il donne sa démission. Tous les partis de l'opposition ont ensuite commencé exprimer le mécontentement populaire face à Harper.

Israël a préparé cette guerre pendant au moins deux années, comptant avec l'approbation totale des États-Unis. Il l'a déclenché dans le but de détruire tout l'espoir d'une fin de l'occupation israélienne des territoires palestiniens, et de favoriser les objectifs stratégiques états-uniens au Moyen-Orient. Mais la guerre a fait boomerang, causant d'importants revers à ses auteurs.

Partout à travers le monde, cette guerre a donné aux forces populaires le courage et l'énergie de résister à l'impérialisme et de se battre pour obtenir la justice. Aujourd'hui, les appels pour un boycottage de l'État raciste et expansionniste d'Israël se multiplient. De plus en plus de gens commençent à comprendre le danger grandissant que constitue l'impérialisme.

La guerre et la véritable boucherie perpétrées dans les territoires occupés de Gaza pourraient être le prélude d'une guerre beaucoup plus étendue et violente. Elle commencerait par une attaque massive des États-Unis contre l'Iran ou contre la Syrie dans le but démentiel d'écraser toute résistance au sein de ce "nouveau" Moyen-Orient remodelé, de piller les ressources pétrolières et réaliser les visées hégémoniques de l'impérialisme.

Cette stratégie, insensée et extrêmement dangereuse, contituerait un pas de plus de la politique étrangère vers les solutions de type fasciste, semblables à celles qu'adopte l'impérialisme états-unien, qui est engouffré dans de terribles impasses. Elle accentuerait les pressions en faveur de mesures réactionnaires qui se manifestent aux États-Unis et chez les alliés de ce pays.

Un nombre grandissant de commentateurs, d'experts en renseignements, d'officiers, de membres du gouvernement israélien et de "sources" proches de l'administration Bush déclare avec véhémence que la cible imminente est l'Iran. Ce pays est en effet considéré par l'impérialisme états-unien et par Israël comme étant un obstacle important et un appui aux forces de résistance de la région.

L'administration d'extrême droite de Bush  a accepté le cessez-le-feu en raison de certaines circonstances: la résistance acharnée et unifiée qui s'est mobilisée au Liban, qui a remporté appui d'un grand nombre de forces anti-impérialistes à travers le monde et qui a rendu encore plus impopulaires les régimes favorables aux États-Unis. Une opposition à la guerre semble se développer en Israël, et les appels exigeant un cessez-le-feu se multiplient de la part de la Ligue arabe, du Mouvement  des pays non-alignés, de certains pays de l'OTAN. Mentionnons la manifestation de protestation de 100 000 personnes à Londres et les mobilisations de masse organisées dans plusieurs pays.

Les forces de la résistance qui ont combattu au Liban sont clairement célébrées dans tout le pays et à l'étranger. Elles ont en effet vaincu l'invasion terrestre de l'armée israélienne, qui, jusqu'au 8 août, n'avait pas réussi à avancer plus de trois kilomètres à l'intérieur du pays. La victoire a été payée par les combattants de la résistance, par les centaines de civils qui ont été massacrées par l'aviation et l'artillerie israélienne, et par les personnes qui mourront prématurément à cause de la destruction de l'économie ou qui sauteront sur les bombes à dispersion israéliennes dispersées à travers du Liban.

Mais Bush a-t-il été obligé d'accepter le cessez-le-feu? L'impérialisme états-unien, dirigé par l'administration d'extrême droite de Bush, a peut-être accepté le cessez-le-feu parce qu'il a besoin d'une pause avant d'attaquer l'Iran. Les forces états-uniennes sont maintenant en état d'alerte et prêtes à détruire, presque d'un seul coup, plus de 10 000 cibles en Iran.

Un commentateur de premier plan, Seymour Hersh, a écrit que «certains officiers faisant partie de l'Instance collégiale des chefs d'état-major (des États-Unis) s'inquiètent de l'évaluation trop positive que font les membres de l'administration (Bush) de la campagne aérienne». (Revue «New Yorker»du 21 août).

Sans avancer la moindre preuve et de façon absolument hypocrite, les États-Unis et Israël, qui disposent de milliers d'ogives nucléaires, accusent l'Iran d'avoir l'intention de mettre au point et d'utiliser des armes nucléaires. L'Iran insiste que son seul but est de créer des centrales atomiques pour produire de l'électricité, ce qui est un droit dont peuvent profiter tous les membres des nations Unies.

Il est très probable que le 31 août, à la date fixée, l'Iran rejette la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant l'abandon des programmes nucléaires de ce pays. Si l'Iran ne tient pas compte de la résolution, le Conseil de sécurité pourra alors imposer des sanctions, seraient complètement injustifié et contraires à la Charte des nations Unies et à d'autres principes fondamentaux du droit international.

En résumé, impérialisme aura une fois de plus influencé le Conseil de sécurité des Nations Unies pour qu'il impose des sanctions. Ces dernières pourraient être aussi mortelles que celles qui ont affligé l'Irak de 1991 à 2003. La France, la Chine ou la Russie pourraient opposer leur veto à de telles sanctions.

Le danger est que les États-Unis considèreront tout refus d'agir contre l'Iran comme étant un feu vert pour une guerre préventive et pour un changement de régime. Alors que l'humanité pleure plusieurs centaines de personnes mortes au cours de ce conflit, nous devons nous organiser de nouvelles mobilisations afin de bloquer les préparatifs des États-Unis en vue d'une autre guerre.

D'autre part la lutte anti-guerre est chaque fois plus liée à la défense des droits démocratiques. Certaines organisations sionistes du Canada ont, de façon surprenante, exigé la répression par la police des manifestations anti-guerre, essayant ainsi d'augmenter les pouvoirs qui sont conférés à la prétendue "guerre anti-terroriste".

Le mouvement anti-guerre ne cesse cependant de grandir. Le Congrès du travail du Canada (CTC) a fixé et maintient, comme priorité, son opposition à l'implication désastreuse des troupes canadiennes en Afghanistan. Tous les efforts doivent être déployés dans ce sens, entre autre les tâches d'organisation de la Journée d'action pancanadienne contre l'occupation de l'Afghanistan, qui aura lieu le 28 octobre prochain.

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Palestine - Bande de Gaza

«Que personne ne puisse dormir à Gaza»

Ehoud Olmert, Premier ministre israélien, n'y va pas par quatre chemins. Dans l'ombre de la guerre au Liban, à l'abri des caméras, la Pluie d'été israélienne continue de dévaster Gaza.

Julien Verteegh (Solidaire, journal du Parti du travail de Belgique) 13-09-2006

Dans la nuit, les énormes explosions secouent la ville. L'onde de choc fait voler en éclats les fenêtres. Les enfants hurlent, se réfugient dans les bras d'adultes terrorisés. Terreur de masse et désespoir. Comme ce 21 juillet 2006, Fouad, 11 ans, fuit en pleine nuit avec toute sa famille l'invasion de son village de Shokeh par des chars israéliens. «Nous avons dû quitter la maison tout de suite. Je ne sais pas combien de temps nous avons mis pour atteindre Rafah. Bien que nous vivions dans une tente maintenant, c'est mieux pour nous car c'est peut-être plus sûr ici»¹.

Les organisations internationales sont submergées par les appels à l'aide de familles sans revenus et sans moyens d'assurer leur sécurité et leur protection.

Bienvenue à Gaza sous les Pluies d'été israélienne

Lancée le 28 juin 2006, l'opération israélienne contre la bande de Gaza, Pluie d'été, en est à son deuxième mois de dévastation. Officiellement destinée à sauver la vie du soldat Gilad Shalit capturé le 25 juin, l'opération a déjà coûté la vie à 200 palestiniens dont 46 enfants et blessé plus de 800 personnes, dont 230 enfants².

La population civile touchée de plein fouet

La situation humanitaire à Gaza, déjà critique, est encore aggravée par l'offensive israélienne. Dès les premières heures de l'attaque, l'aviation a détruit les infrastructures civiles dont la principale centrale électrique, privant le territoire de 70% de sa production en électricité et en eau.

L'ouverture du point de transit des marchandises de Karni reste aléatoire et tous les carrefours sont partiellement ou complètement fermés. Gaza est sous embargo quasi-total. La journée passe dans une recherche désespérée de nourriture et d'eau. Les 22 hôpitaux, dépendant de générateurs, sont contraints de limiter les procédures et les services d'urgence3.

L'électricité n'est pas rétablie, en moyenne, que 6 à 8 heures par jour. L'eau n'est, quant à elle, fournie quotidiennement que 2 à 3 heures.
4

Les familles les plus violemment touchées sont celles des salariés de l'Autorité palestinienne, privés de salaire depuis 5 mois. La crise engendrée par le blocus financier européen compromet le fonctionnement des institutions publiques.

L'économie est ravagée. A Beit Lahia, 27 serres récemment réaménagées ont été complètement détruites et 23 autres endommagées.

Premières victimes: les enfants

Environ 100 mètres carrés de la cour de récréation de l'école municipale de Beit Hanoun, réaménagée par Save the Children, ont été sérieusement endommagés et 30 mètres du mur de la cour ont été abattus.5  L'agence des nations Unies pour l'enfance tire la sonnette d'alarme. La crise humanitaire est une réalité quotidienne pour les 838 0000 de la bande de Gaza. Durant le mois de juillet, «35 enfants palestiniens ont été tués à Gaza, un quart d'entre eux étaient âgées de moins de dix ans» a indiqué Dan Rohrmann, le représentant spécial du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) pour les territoires palestiniens occupés. «Il s'agit de la deuxième année la plus meurtrière depuis la crise de septembre 2000» (le début de l'Intifada), a encore rappelé Dan Rohrmann, pour qui «le fait que les enfants vivent dans un environnement extraordinaire de violence, de peur et d'angoisse est criant».6

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Le terreur au quotidien

«Que personne ne puisse dormir la nuit à Gaza»1. Ehoud Olmert est clair. «Les vies et le bien-être des habitants [juifs] de Sdérot sont plus importants que les morts de douzaines de Palestiniens innocents».

L'armée israélienne téléphone dans les maisons pour signaler leur destruction imminente. Mazen Shaqoura, gazaouite, témoigne. Un inconnu, se présente comme le port-parole des sevices de renseignements israéliens et l'informe qu'il a 24 heures pour évacuer sa maison. «En moins de 30 minutes, les cinq familles ont quitté la maison ainsi que tous les gens du quartier (11 maisons)» Et de conclure: «Le niveau des dégâts dépend du type d'avion de combat qu'ils vont utiliser. Si ce sont des F16 , alors le quartier entier sera rasé. Nous prions et implorons la volonté divine qu'ils utilisent des hélicoptères ainsi le résultat dépendra de la qualité du ciment israélien que nous avous acheté il n'y a pas si longtemps»
.2

Tout comme au Liban, Israël continue de perpétrer des crimes de guerre dans la bande de Gaza. C'est ce que dit clairement Amnesty International. L'organisation a condamné les attaques israéliennes comme le bombardement dans la nuit du 11 au 12 juillet 2006 d'une maison familiale d'un quartier résidentiel très peuplé de Jabaliya, au nord de la ville de Gaza. Nabil et Salwa Abou Salmiya et leurs sept enfants âgées de sept à dix-sept ans ont été tués. Plus d'une trentaine d'autres résidents ont été blessés lors de l'attaque.3

Selon B'Tselem, organisation israélienne de défense des droits de l'homme, 78 des 163 (soit 48%) Palestiniens tués dans la bande de Gaza par l'armée israélienne ne prenaient pas part aux hostilités. Parmi les victimes, 35 mineurs et 20 femmes.4 Selon les conventions internationales, attaquer des populations civiles constitue un crime de guerre.

600 Palestiniens kidnappés

L'opération Pluie d'été vise officiellement à libérer le soldat israélien Gilad Shali, capturé par un commando palestinien le 25 juin dernier. Depuis, 600 palestiniens ont été kidnappés par l'armée israélienne, dont 64 officiels palestiniens parmi lesquels 9 ministres (dont le vice-premier ministre palestinien Nasser Chaer) et une vingtaine de députés.

Pour le seul mois de juillet, 62 enfants ont été capturés par Israël dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Deux de ces enfants ont seulement 12 ans. Il y a aujourd'hui 10000 prisonniers palestiniens répartis dans 30 prisons5.

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Le sionisme : du national socialisme

Par Bruce Katz - Collaboration spéciale

Bruce Katz est membre fondateur et coprésident de PAJU (Palestiniens et Juifs unis)


Depuis la Révolution française, l'on peut distinguer deux tendances générales dans le nationalisme. La conceptualisation de ces deux tendances en ce qui concerne l'opposition entre liberté individuelle et l'idée du corps collectif n'a pas vraiment changé, quoique leur champ de bataille avant 1870 ait été de nature socio-politique, et de nature culturelle à la suite de l'ascension de la Prusse et de l'unification de l'Allemagne. Il faut reconnaître que l'ultra-conservatisme contre-révolutionnaire et le libéralisme ne sont pas respectivement l'expression du nationalisme et de l'anti-nationalisme, mais qu'ils sont deux notions divergentes de la nation. Le libéralisme qui tend vers l'universalisme du Siècle des lumières et vers les droits de l'individu incarne l'idée de la nation jusqu'à la défaite de la France par Bismarck alors que l'ultra-conservatisme qui tend vers le particularisme, et vers la notion du «corps collectif» incarne l'idée de la nation depuis le pan-germanisme, et cela particulièrement dans l'Europe de l'Est d'oû vient le sionisme en tant que mouvement idéologique et politique.

A cette dernière conception de la nation fixons le terme nationalisme «organique» car on associe non seulement à la collectivité de la notion du regroupement d'individus vivant ensemble et étant soumis aux mêmes lois, mais on l'investit également s'une vie propre, parallèle à celle de l'individu. Ainsi crée-t-on par une sorte de genèse, le corps mystique de la collectivité sociale qui devient une fin en elle-même, dotée de sa propre force motrice et omni-puissante comme Dieu. Bref, l'individu appartient maintenant corps et âme à la nation, laquelle à son tour devient le corps et l'âme de tous et toutes. En ce sens la nation devient «organique.» Le sionisme, comme tout mouvement nationaliste de droite lequel se replie sur la notion de la pureté ou de l'intégrisme ethno-linguistique, est un nationalisme organique dans le sens que l'auteur vient d'énoncer. On a «ethnisée» et sécularisée le Judaïsme afin de faire de lui la pierre angulaire de l'appareil étatique. Bref, ce qui fut auparavant une religion est devenue à la fois nationalité et religion civique, où on fait le culte devant l'autel de l'État.

Ce qui est unique au national socialisme est l'acceptation de la primauté de la nation qui assujettit les valeurs du socialisme, normalement universalistes, au service des valeurs particulières de celle-ci. Alors, le national socialisme se fonde sur l'idée de la nation comme étant unité culturelle, historique et biologique ou, si on veut, au sens figuré, «une grande famille étendue.» C'est alors une question du «sang.» L'individu est une partie organique de l'entier, et l'entier prime sur l'individu. Ainsi est-il du sionisme comme de tout autre nationalisme organique. Ici, le Juif en tant qu'individu n'a aucune signification intrinsèque; sa signification ne peut être appréhendée que dans la mesure où il est utile ou productif pour la nation.

 Alors, pour assurer l'avenir de la nation et afin de la protéger contre les forces qui pourraient la miner, il est nécessaire de mobiliser toutes les classes sociales contre les deux grands dangers qui la menacent depuis la venue de la modernité: le libéralisme et le marxisme. C'est ainsi que le nationalisme organique ou intégriste est à la fois anti libéral et anti marxiste, Comme le socialisme démocratique s'oppose au tribalisme, il n'est guère surprenant que le national socialisme, lequel repose sur la notion biologique ou ethno culturelle de la nation, soit l'antithèse du socialisme. Ainsi est-il pour le sionisme (l'État de Israël interdit le mariage entre Palestinien et citoyen israélien et interdit aux agences juives comme le Fonds national juif de vendre des terres en Israël aux non-juif) lequel prétend, par contre, qu'il se base sur les principes universalistes du socialisme.

Dans l'est de l'Europe les critères de l'appartenance à la nation n'étaient pas politiques mais plutôt culturels, linguistiques, ethniques et religieux. L'identité allemande, polonaise, slovaque, serbe, et cetera, évolvuaient comme résultat des particularismes de la religion, de la langue et de la culture lesquels une fois vus comme un entier intégral et immuable, sont devenus synonymes des différences biologiques ou raciales (le sens de la «race» au 19e siècle). En ce qui concerne le sionisme, tel que le fait ressortir l'historien Zeev Sternhell dans un oeuvre, Aux origines d'Israël: Entre nationalisme et socialisme, on peut faire, selon Sternhell, le constat suivant: le nationalisme organique est beaucoup plus topique au sionisme que l'idée d'un mouvement socialiste révolutionnaire. D'une certaine façon, le sionisme, et la réponse à l'échec du libéralisme en Europe face aux nationalismes tribaux lesquels avaient un caractère xénophobe et anti-sémite.

L'ironie, c'est que le sionisme, en tant qu réaction au nationalisme organique qui rejetait a priori le Juif comme citoyen de la nation, a été conçu à la lumière de ce même nationalisme intégriste. Ici les périmètres de la nation se définissent par la «pureté de sang» et l'adhérence incontestée à l'«organisme» de la nation. Ici l'émancipation de l'individu en tant qu'un individu devient une menace à la survie collective de la «race.» Comme le dit Sternhell: le sionisme était non seulement une réaction à l'insécurité grandissante des Juifs mais aussi une réponse à la détresse des Juifs européens, mais aussi la solution à la perte de l'identité collective des Juifs. Veut - veut pas, ce dilemme entre la vie collective conçue en termes de langue, culture et religion, et la tendance qu'a la modernité à gommer les différences, fait partie de tout débat sur la nature de la société humaine contemporaine.

Le fait que le mouvement sioniste soit au fond un mouvement colonisateur n'est guère surprenant quand on considère le rôle que remplit le sol ou la Terre dans la conceptualisation organique de la nation par le sionisme. Comme la nation est un organisme vivant, un corps comprenant des milliers d'individus, il s'ensuit que la nation ne peut exister si elle est déracinée du sol dans laquelle ses racines doivent creuser. Ce n'est pas simplement la question du sentiment commun de solidarité entre des concitoyennes et concitoyens qui partagent certaines valeurs et certaines traditions culturelles, sans quoi il ne peut y avoir le sens de nation; mais la nature organique de la nation fait que son essence prend racine dans le sol national. Il s'ensuit que le sol national ne peut être partagé avec aucune autre nation. On voit ici le concept du Sang et de la Terre qui marque les fascismes des années trente, en particulier la voie fasciste du national socialisme.

C'est aussi le concept qui soutient la colonisation des terres palestiniennes par les colons juifs; les prétentions bibliques à un droit sur la Judée et la Samarie n'en sont que la rationalisation. En ceci le sionisme montre les traits classiques du nationalisme organique: l'expérience du contact avec le sol, le besoin de légitimé l'idée du retour au sol exaltent le culte de l'histoire de l'antiquité. Cela justifie le «transfert» ou autrement dit, le nettoyage ethnique, du peuple indigène qui se trouve sur la terre convoitée.

Le sionisme en tant que nationalisme organique a aussi une composante religieuse. La conceptualisation organique-culturelle de la nation doit nécessairement inclure la religion, laquelle fait partie intégrante de l'identité nationale. Le nationalisme organique ou intégriste français n'était pas moins catholique que le nationalisme polonais; la religion fut la pierre angulaire de l'unité et de l'identité au-delà des divisions sociales et économiques. Dans le nationalisme organique tel que le sionisme, la religion a une fonction sociale, laquelle n'a rien à voir avec le contenu métaphysique de la religion. La grande majorité des leaders sionistes voyaient la tradition religieuse comme étant une fin en soi sans aucun lien avec des rituels ou des croyances métaphysiques. Cela nous permet de mieux comprendre la nature séculaire ou non religieuse de l'idée de Judaïsme à l'intérieur du concept sioniste. Le Juif ici n'est plus le mystique, celui qui fonde son identité dans la relation de Dieu avec l'homme, celui pour qui cette relation divine prime même sur 'idée de l'État Nation. Il s'agit du Juif «national» immergé dans la nation organique laquelle a supplanté Dieu.

Bref, voici les trois piliers du sionisme: primo, que la nation est un organisme vivant dont l'être humain individuel n'est qu'une cellule; secundo, que cet organisme requière un sol national et propre à lui dans lequel s'enraciner; tercio, que la religion, vidée de sa spiritualité, est un facteur nécessaire pour transcender les différences sociales et économiques. Quant à la nature «socialiste» du sionisme, on peut dire que le socialisme en tant que système de valeurs universelles n'avait que peu de signification pour les fondateurs sionistes.

Comme le dit Zeev Sternhell, «La détermination des fondateurs de garder le socialisme d'Eretz Israël hors de la sphère d'influence du mouvement socialiste mondial était due à la crainte des implications internationalistes du socialisme et sa doctrine de l'hostilité des classes sociales.» Elle était due aussi, comme Sternhell le constate, à la volonté de se protéger contre la méfiance des socialistes envers des soi-disant partis socialistes indûment concernés par la religion, la culture et les origines ethniques. C'est pourquoi le mouvement travailliste en Palestine n'avait rien à dire quand la guerre civile a éclaté en Espagne; il n'était aucunement concerné par les sujets qui ne touchaient pas directement la question nationale. Le concept de la primauté de la nation était fondamental au mouvement travailliste en Palestine et continue de l'être aujourd'hui en Israël. Les fondateurs sionistes considéraient l'autorité qu'exerce la société sur l'individu comme étant l'essentiel du socialisme, et ils ont adopté ce principe quand ils ont abandonné l'idée de bâtir une société égalitaire. A la lumière de ce constat il est plus facile de comprendre pourquoi l'Histadrut assurait sous Ben-Gourion, la primauté du contenu nationaliste dans le socialisme israélien, primant et sur les individus et sur les unités de la colonisation comme les kibboutz. Le socialisme au service de la nation. La nation qui exclut toute autre nation du sol national. l'appel à la race.

Le mur qu'Israël fait construire pour tracer unilatéralement ses nouvelles frontières en grugeant davantage les terres palestiniennes, est le symbole par excellence de l'idéologie sioniste: garder le monde non-juif, l'«Autre,» à l'extérieur tout en gardant le Juif prisonnier à l'intérieur. De cette façon on fait d'Israël le plus grand ghetto du monde. Pourtant la quête historique du Juif dans le contexte de l'Europe chrétien fut de se libérer du ghetto pour devenir citoyen de la nation à part entière. Au fond, la libération du peuple palestinien sera à la fois la libération des Juifs du concept suffoquant du sionisme. Il appert que l'un ne pourra se faire sans l'autre.

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Israël, pétrole et démolition du Liban

Le texte suivant est une traduction d'un article publié dans le numéro du 1er au 15 septembre 2006 de «People's Voice», principal journal communiste du Canada.

par Mike Whitney, de «Information Clearing House».

Le présent article, écrit avant le récent cessez-le-feu, a été raccourci. Traduction du Parti communiste du Québec (section du PC du Canada)

«La logique qui explique l'image déformé qu'Israël a de lui-même et ses doctrines racistes clairement démontrée par des faits actuels évidents: les décombres du paysage lunaire qui remplace aujourd'hui les charmants villages libanais d'il y a quelque semaines; les efforts d'un million de personnes désespérées qui essaient de survire aux attaques aériennes israéliennes, qui transportent leurs enfants dans leurs bras ou leurs grands-parents dans des véhicules, les routes parsemées sur tout leur parcours de cratères de bombes; les corps flasques d'enfants que l'on retire des sous-soles d'immeubles écrasés. Telle est la réalité de la doctrine nationale d'Israël, tel est le résultat direct de la vision raciste du monde que maintient ce pays.» (Virginia Tilley, "The Case for Boycotting Israel" [Pourquoi boycotter Israël] dans Countepunch).

En bombardant les autoroutes et les principaux ponts conduisant à Beyrouth, Israël a coupé la capitale du reste du monde et soumis l'ensemble du pays à un siège. Israël peut maintenant exécuter son plan de réduire le Liban à des décombres sans craindre la menace d'une intervention étrangère.

Les Forces de défense israéliennes ont efficacement coupé le Nord du pays du Sud, afin de poursuivre leurs opérations de nettoyage ethnique et les missions de localisation et de destruction des combattants du Hezbollah. Elles ont méticuleusement détruit tous les points d'entrée se trouvant le long de la frontière syrienne et établi un blocus du littoral. Selon Israël, l'occupation antérieure de la région, terminée en 2000, avait échoué à cause du flux non intercepté d'armes et de matériel venus de la Syrie et de l'Iran. L'administration Bush a donc appuyé les FDI en leur transmettant des données cruciales recueillies par ses services de renseignements relativement aux mouvements de matériel venant de l'extérieur.

Il est plutôt clair aujourd'hui pour tout le monde que la campagne militaire israélienne n'avait rien à voir avec la capture, le 14 juillet, des deux soldats israéliens par le Hezbollah. Le plan actuel, élaboré il y a plus d'un an et communiqué aux échelons supérieure de l'administration Bush au cours de briefings, vise à établir une nouvelle frontière Nord pour Israël, a niveau du fleuve Litani et - placer au pouvoir un régime "amical envers Israël" à Beyrouth.

"Le Grand Israël"

Le plan d'annexion du territoire situé au sud du fleuve Litani date de la fondation de l'État juif, lorsque le premier premier ministre d'Israël, David Ben Gourion, avait décrit les futures frontières du pays en ces termes: Au Nord du fleuve Litani, la frontière Sud sera repoussée à l'intérieur du Sinaï, vers l'Est, le désert du Syrie, y compris le bord le plus éloignée de la Transjordanie».

En 1978, les FDI ont lancé l'Opération Litani afin d'annexer la partie Sud du Liban et d'établir un régime chrétien favorable à Beyrouth, qui obéirait aux diktats de Tel Aviv. Israël a déclaré qu'il avait besoin d'une zone tampon pour sa sécurité, prétexte qu'il utilise à nouveau aujourd'hui. L'invasion de 1982 s'était transformée en une guerre de 18 années, qui avait ravagé l'économie du Liban et causé la mort de plus de 20 000 civils. En 2000, Israël avait été repoussé hors du Liban par les attaques persistantes de l'organisation de résistance libanaise, le Hezbollah.

Les médias donnent du conflit actuel une description totalement absurde. Ce dernier n'a rien à voir avec la "capture de soldats" ou avec le "droit d'Israël de se défendre". Il s'agit d'une guerre traditionnelle ayant des objectifs territoriaux et politiques clairs. La controverse relative à la frontière est absurde. Israël veut occuper le plus de territoire possible pour réaliser son rêve de créer le "Grand Israël" en plaçant un pays arabe voisin dans un "état permanent de dépendance coloniale".

C'est ce qui explique la destruction à grande échelle et délibérée de l'infrastructure civile du Liban. La domination d'Israël exige que ses voisins supportent une misère et une oppression abjectes. En détruisant l'infrastructure et les systèmes de support vital, Israël vise à éliminer la montée d'un rival éventuel et à diminuer la capacité de la Résistance libanaise de mener une guerre contre l'État juif.

Une fois décimé, le Liban serait livré à la Banque mondiale, qui lui imposerait le carcan des prêts en vue de la reconstruction et des réajustements structurels, ce qui maintiendraient le Liban dans un état de servitude à long terme envers le système bancaire mondial. Ce modèle de servitude économique a été appliquée partout à travers le monde dans les pays en voie de développement avec des degrés de réussite différents. Il annonce la prédominance d'Israël dans la région et la perte de la souveraineté du Liban pendant plusieurs futures décennies.

Les États-Unis, un partenaire impliqué jusqu'au cou

Pendant la guerre d'Israël contre le Liban, les États-Unis pour la première fois au cours de leurs 230 années d'histoire, ont aidé délibérément un pays à attaquer un de leurs propres alliés. L'attaque contre le Liban met fin à ce record historique.

Le gouvernement du Liban, manifestement "pro états-unien", était en bons termes avec Washington.

En fait, les ONG et les agences de renseignement états-uniens ont participé pour mettre en branle la "Révolution du cèdre",qui a entraîné l'avènement du gouvernement Fouad Siniora et, finalement, l'expulsion des troupes syriennes. Washington et Tel Aviv ont, en grande partie, atteint le but visé, en s'ingérant dans les affaires politiques du Liban. Le pays a été cité comme exemple remarquable de la "révolution démocratique globale" de Bush, dont la victoire était le but officiel de l'intervention états-unienne au Moyen-Orient.

Pour sa coopération, le Liban a déjà reçu sa récompense: son économie et de son infrastructure ont été totalement anéanties. Aujourd'hui l'administration Bush ne feint plus être un "intervenant honnête": elle fournit sans sourciller des missiles téléguidés de précision à Israël pour mener une guerre (surtout) contre la population civile. Elle collabore également ouvertement avec le gouvernement Olmert en faisant dérailler systématiquement tout plan de cessez-le-feu immédiat.

Les États-Unis sont un partenaire totalement concentré à la destruction prémédité d'un pays démocratique. Ils participent à l'agression israélienne aussi consciemment qu'un commandant de char d'assaut des FDI qui se dirige vers Beyrouth.

Que veut Israël?

Israël ne peut maintenir sa domination dans la région qu'en devenant un intervenant principal dans le commerce du pétrole. Autrement, il continuerait à dépendre des États-Unis pour renforcer son armée et pour défendre ses intérêts. La détermination d'Israël de "se tenir debout" se manifeste dans le plan néo conservateur de "rebâtir le sionisme" au 21ème siècle, intitulé «A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm» (Une rupture nette: la nouvelle stratégie pour sécuriser la région). Ce plan vise la refonte de la carte du Moyen-Orient et l'élimination de ceux qui s'opposent aux ambitions israéliennes.

Le but principal du document est expliqué dans certaines parties du document laissant présager des attaques contre l'Irak, le Liban et la Syrie. On retrouve, entre autres, le passage menaçant suivant :

« Sécuriser  la frontière Nord : la Syrie menace Israël à partir du territoire libanais. Une approche efficace, que les États-Unis trouveraient adéquate, serait qu'Israël saisisse l'initiative stratégique, le long de sa frontière Nord, de combattre le Hezbollah, la Syrie et l'Iran, principaux agents d'agression au Liban, en prenant, entre autres, les mesures suivantes: répondre par un comportement pareil à celui de la Syrie en établissant le précédent que la Syrie n'est pas immunisée contre des attaques venant du Liban par des forces israéliennes agissant par procuration en frappant des cibles militaires syriennes se trouvant au Liban, et si cela s'avérait insuffisant, en atteignant des cibles adéquates choisies en Syrie.» («A Clean Break» - Richard Perle, Douglas Feith, David Wurmser).

Cet extrait explique clairement le schéma fondamental de l'agression États-Unis/Israël dans la région. Mais peu d'attention avait été porté à la détermination d'Israël de "rompre" avec son état traditionnel de dépendance quant à l'appui états-unien. Comme le mentionne le document:

(Israel compte) «bâtir des relations avec les États-Unis sur de nouvelles bases, en insistant sur l'autosuffisance, la maturité, la coopération stratégique dans des domaines d'intérêts communs et en défendant les valeurs inhérentes à l'Occident. Cela n'est possible que si Israël adopte des mesures sérieuses pour mettre fin à l'aide, qui empêche des réformes économiques. Israël peut rompre nettement avec le passé et adopter une nouvelle conception du partenariat États-Unis-Israël, qui serait basée sur l'autosuffisance, la maturité et la mutualité et ne se limiterait pas étroitement aux litiges territoriaux. (Israël) n'a besoin d'aucun type de troupes états-uniennes pour se défendre; il est capable de s'occuper de ses propres affaires.

«Une telle autosuffisance donnerait à Israël une plus grande liberté d'action et mettrait fin à un important moyen de pression utilisée contre lui par le passé. La paix qu'Israël recherche ne sera assurée par aucune quantité d'armes ou de victoire. Quand Israël aura des bases solides et sera libre, puissant et sain sur le plan interne, il ne se limitera pas à gérer le conflit arabo-israélien: il le dépassera.»

La "liberté économique" d'Israël dépend en grande partie de la capacité de ce pays de se convertir en réservoir central de pétrole pour le commerce pétrolier mondial. Michel Chossudovsky, dans un article publié en juillet 2006 et intitulé «Triple Alliance: US, Turkey, Israel and the War on Lebanon» (La triple alliance de la Turquie, d'Israël et de la guerre contre le Liban), fournit un rapport détaillé des alliances et des ententes liées à la guerre actuelle. Comme l'indique Chossudovsky, «Contrairement à ce qui confirment les médias occidentaux, il ne s'agit pas d'un conflit limité entre les Forces armées israéliennes et le Hezbollah. La portée de la guerre au Liban est défini par un agenda militaire états-unien beaucoup plus vaste, qui comprend la région s'étendant de l'Est de la Méditerranée jusqu'au centre de l'Asie centrale. La guerre au Liban peut être considérée comme étant une "étape" faisant partie de cette "feuille de route" beaucoup plus vaste».

La restructuration du Moyen-Orient

Chossudovsky montre comment l'oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan, récemment construit, a renforcé l'alliance Israël-Turquie et laisse présager une tentative d'établir un «contrôle militaire sur le corridor côtier allant de la frontière Israëli-Liban à la frontière de l'Est de la Méditerranée entre la Syrie et la Turquie».

La souveraineté libanaise est, malheureusement, l'une des victimes de cette stratégie Israël-Turquie.

La plupart du pétrole transporté par l'oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan sera acheminé vers les marchés occidentaux, mais ce qui se sait moins c'est qu'un certain pourcentage de pétrole sera dévié par un oléoduc "proposé", celui de Ceyhan-Ashkelon, qui reliera directement Israël aux riches gisements de la mer Caspienne. Israël pourra ainsi alimenter les marchés de l'Extrême-Orient à partir de son port d'Eilat sur la mer Rouge. Ce plan ambitieux vise à assurer qu'Israël devienne un élément crucial du système de distribution du pétrole au niveau mondial.

Le pétrole constitue également un facteur essentiel de mobilisation en vue d'un "changement de régime" en Syrie. «The Observer», revue du Royaume-Uni, a publié un article intitulé «Israel Seeks Pipeline for Iraqi Oil» (Israël cherche un oléoduc pour le pétrole irakien), qui signale que Washington et Tel Aviv travaillent sur les détails relatifs à la construction d'un oléoduc qui traversera la Syrie et «permettra la fourniture inépuisable et facile d'accès de pétrole bon marché pour les États-Unis, garantie par des alliés de confiance autres que l'Arabie saoudite». L'oléoduc «transformerait le pouvoir économique de la région, fournissant des revenus à l'Irak, pays récemment soumis à la domination états-unienne, découpant la Syrie et réglant la crise énergétique d'Israël d'un seul coup».

Le Mossad, une des agences et d'intervention d'Israël, est déjà en train d'étendre ses opérations au Nord de l'Irak, à l'endroit d'où les oléoducs partiront, et a établi de bonnes relations avec les Kurdes. Un seul obstacle demeure, le régime actuel, que les États-Unis et Israël ont déjà placé dans leur collimateur. «The Observer» cite un cadre de la CIA qui a déclaré: «Il y a longtemps qu'un groupe puissant de personnes, aujourd'hui à la direction de cette administration et de la guerre de l'Irak, rêve d'assurer la fourniture d'énergie à Israël et aux États-Unis». L'oléoduc de Haïfa, qui existait déjà en quelque sorte, a été ressuscité comme un rêve. Il constitue maintenant un projet viable, bien qu'il reste encore beaucoup à construire.»

L'ex-ambassadeur des États-Unis James Atkins a ajouté: «Nous sommes maintenant en présence d'un nouvel ordre mondial. Telle sera la situation, surtout si nous éliminons la Syrie. Cela montre tout simplement que tout tourne autour du pétrole pour les États-Unis et son allié».

Le Moyen-Orient est en train d'être restructuré conformément aux aspirations idéologiques des sionistes et aux exigences d'un marché énergétique furieusement compétitif. Derrière les ruines bombardées de Qana et les attaques ininterrompues qui ont transformé le Liban en un tas de décombres, il y a les infatigables machinations des géants du pétrole, des médias de la grande entreprise, des hautes sphères financières et d'Israël.

Ne vous attendez pas à un retour prochain à une situation de paix. Cette guerre ne fait que commencer.

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