Clarté

Mai - 2007,  nº 8

Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!

VIVE LE 1er MAI
Vive la solidarité internationale

Sommaire :

1. Réflexions de Fidel Castro
L'INTERNATIONALISATION DU GÉNOCIDE
2. Discours d'une militante du Syndicat des postiers du Canada: «Nous exigeons le retrait immédiat des troups canadiennes»
3. Le PCQ en quelques mots
4. Éditorial: Tous et toutes contre la guerre en IRAN
5. La Ligue de la jeunesse communiste du Canada reprend le combat!
6. Le budget des conservateurs pourrait déclancher une levée de barricades chez les nations autochtones
7. Le 35ème Congrès du Parti communiste du Canada
Un Congrès uni et militant

8. LE PCQ ET LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC
*Nous ne sommes pas fédéralistes
*Contre l'oppression nationale,  une classe ouvrière
unie pour le socialisme
*La souveraineté Péquiste
*Avec qui doit-on chercher alliance?
Contactez-nous!
«People's Voice»
«Clarté»

Sur l'Internet:
http://www.pcq-pcc.qc.ca/




Clarté

Prolétaires de tous les pays,
peuples et nations opprimés.
Unissez-vous!

Rédacteur en chef: Robert Luxley

3961, av. Barclay, app. 4
Montréal (Québec) Canada H3S 1K9
  Téléphone : (514) 737-7817
Courriel : pueblo@sympatico.ca

Clarté est publié par
Les « Éditions de Clarté »

La reproduction des articles et des photos est autorisée( et même encouragée) à condition d’en mentionner la source.
Dépôt légal Bibliothèque Nationale, 2004.

Imprimé par les travailleuses et travailleurs syndiqués de l’Imprimerie Payette & Simms

Les articles non signés expriment le point de vue de l’organisation. Les articles signées sont personnels.
Nous invitons nos lecteurs et lectrices a nous écrire

Collaborateurs et collaboratrices: Pierre Bibeau, Robert Luxley, Fabiola Mella, William Sloan

Traducteurs: Antonio Artuso, Normand Raymond

Infographie: Sylvain Archambault, Antonio Artuso
 

Sommaire








Le PCQ en quelques mots

Le Parti communiste du Québec est un parti dédié à la défense des intérêts de la classe ouvrière. Ses membres sont actifs au sein des syndicats, des organisations communautaires et populaires, auprès des jeunes, du mouvement des femmes et des organismes de solidarité internationales.

Les rangs du PCQ sont ouverts à tous ceux et celles qui veulent lutter contre l’exploitation et contre toutes les formes d’injustice, en particulier l’oppression du peuple québécois, et pour l’abolition du système capitaliste et son remplacement ultime par le socialisme, puis par le communisme. Pour parvenir à ces objectifs, nous croyons essentiel que la classe ouvrière s’unisse et conquière, en alliance avec les autres couches exploitées de la population,le pouvoir politique.

Les membres du PCQ font également partie du Parti communiste du Canada (PCC). Le PCQ possède cependant un statut particulier au sein du PCC. Ce statut découle de la reconnaissance au sein du mouvement communiste du fait national québécois.

Depuis sa fondation, en 1921, le Parti communiste a accumulé une grande expérience. Son histoire est intimement liée à de nombreuses avancées des mouvements ouvrier et populaire.

  •   Joignez-vous à un parti qui met au premier plan les intérêts du peuple, avant les profits des entreprises.
  •  Joignez vous à un parti dont les différentes composantes, d’un bout à l’autre du pays, oeuvrent sans relâche pour contrer le discours néo-libéral, favoriser le développement d’un mouvement de riposte et faire progresser le combat social.
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  Réflexions de Fidel Castro
L'INTERNATIONALISATION DU GÉNOCIDE

La réunion de Camp David vient de conclure. Nous avons tous écouté avec intérêt la conférence de presse des présidents des États-Unis et du Brésil, et les nouvelles concernant leur rencontre et les opinions qu'ils ont avancées.


Bien que son visiteur brésilien l'ait pressé au sujet de dispositions tarifaires et des subventions qui protègent et étayant la production étasunienne d'éthanol, Bush n'a pas fait la moindre concession à Camp David.

Le président Lula a attribué cette fin de non-recevoir à la hausse des cours du maïs qui a été,  selon lui, de plus 85 p. 100.

Un peu avant, la principale autorité brésilienne avait exposé dans The Washington Post l'idée de convertir les aliments en carburant.

Je n'ai pas l'intention de blesser le Brésil ni de me mêler de questions ayant à voir avec la politique intérieure de ce grand pays. C'est précisément à Rio de Janeiro, qui avait accueilli le Sommet mondial sur l'environnement, voilà maintenant quinze ans, que j'ai dénoncé avec véhémence, dans une allocution de sept minutes, les nuisances environnementales qui menaçaient l'existence de notre espèce. Bush père, qui était présent à cette réunion en sa qualité de  président des États-Unis, a eu la politesse d'applaudir à la fin, comme tous les autres.

Personne à Camp David n'a répondu à la question cruciale : où et qui va fournir les plus de 500 millions de tonnes de maïs et d'autres céréales dont les États-Unis, l'Europe et les pays riches ont besoin pour produire la quantité de galons d'éthanol que les grandes compagnies de USA et d'autres pays exigent en contrepartie de leurs lourds investissements? Où et qui va produire le soja, les graines de tournesol et de colza dont les huiles essentielles vont être convertis en carburant par ces mêmes pays riches?

Un certain nombre de pays produisent des aliments et exportent leurs excédents. L'équilibre entre exportateurs et consommateurs était déjà tendu, si bien que les cours ont flambé. Pour être bref, je dois me borner à signaler ce qui suit.

Les cinq principaux producteurs de maïs, , d'orge, de sorgho, de seigle, de millet et d'avoine, ces grains que Bush veut convertir en matière première pour la production d'éthanol, en écoulant 679 millions de tonnes sur le marché mondial, selon des chiffres récents. De leur côté, les cinq principaux consommateurs, dont certains sont aussi des producteurs de ces grains, ont besoin aujourd'hui de 604 millions de tonnes par an. L'excédent disponible est donc de moins de 80 millions de tonnes.

Or, ce gaspillage colossal de céréales, sans parler des graines oléagineuses, pour produire du carburant permettrait aux pays riches d'économiser à peine moins de 15 p. 100 de ce que consomment leurs voraces automobiles.

Bush a affirmé à Camp David qu'il avait l'intention d'appliquer cette formule à l'échelle mondiale, ce qui ne signifie rien moins que l'internalisation du génocide.

Le président du Brésil, dans son article du Washington Post, publié la veille de la rencontre de Camp David, a affirmé que moins de 1 p. 100 des terres arables du pays étaient consacré à la canne à sucre destinée à la production d'éthanol. C'est  le triple de la superficie que consacrait Cuba quand elle produisait presque dix millions de tonnes de sucre avant la crise de l'URSS et les changements climatiques.

Notre pays produit et exporte du sucre depuis plus longtemps, d'abord à partir du travail des esclaves, qui finirent par être plus de trois cent mille dans les premières années du XIXe siècle, dans la République médiatisée dont la pleine indépendance fut frustrée par l'intervention étasunienne, seule des immigrants antillais et des Cubains analphabètes cultivaient et coupaient la canne. La tragédie de notre peuple était la morte-saison, compte tenu du caractère cyclique de cette culture. Les plantations appartenaient à des compagnies étasuniennes ou à de gros propriétaires terriens d'origine cubaine. Nous avons donc accumulé plus d'expérience que quiconque au sujet de l'incidence sociale de cette culture.

Dimanche dernier, 1er avril, des spécialistes brésiliens affirmaient sur CNN que bien des terres consacrées à la culture de la canne dans ce pays avaient été achetées par des riches Étasuniens et Européens.

Dans mes réflexions du 29 mars, j'ai expliqué les effets des changements climatiques à Cuba, à quoi s'ajoutent d'autres caractéristiques traditionnelles de notre climat.

Dans notre île pauvre, qui n'est pas une société de consommation, il n'y aurait même pas assez de gens pour supporter les rigueurs qu'implique la culture de la canne à sucre, au milieu de la chaleur, des pluies ou des sécheresses croissantes. Quand les cyclones s'abattent sur l'île, même les machines les plus parfaites ne peuvent couper les cannes couchées et tordues. Des siècles durant, on n'avait pas pris l'habitude d'y mettre le feu, tandis que le sol ne se tassait pas sous le poids de machines complexes et d'énormes camions ; les engrais azotés, potassiques et phosphoriques, aujourd'hui très coûteux, n'existaient même pas, et les mois secs et les mois de pluies alternaient régulièrement. Dans l'agriculture moderne, il n'y a pas de rendements élevés possibles sans rotation des cultures.

L'AFP a donné, dimanche 1er avril, des informations inquiétantes sur les changements climatiques qui des experts réunis par les Nations Unies jugent d'ores et déjà inévitables et appelés à avoir de graves conséquences dans les prochaines décennies.

« Les changements climatiques toucheront largement le continent américain, provoquant plus de tempêtes violentes et de vagues de chaleur qui produiront en Amérique latine des sécheresses, des extinctions d'espèce et même de la famine, selon le rapport de l'ONU qui doit être adopté la semaine prochaine à Bruxelles.

« A la fin du siècle, chaque hémisphère aura des problèmes d'eau, et si les gouvernements ne prennent pas de mesures, la hausse des températures pourrait aggraver les risques de "mortalité, de pollution, de catastrophes naturelles de maladies infectieuses", avertit le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution de climat (GIEC).

«  En Amérique latine, le réchauffement est déjà en train de faire fondre les glaciers des Andes et menace les forêts de l'Amazonie dont le périmètre peut finir par se transformer en savane », affirme la dépêche.

« Compte tenu de la grande quantité de population qui vit près des côtes, les États-Unis sont eux aussi exposés à des phénomènes naturels extrêmes, comme l'a démontré le cyclone Katrina en 2005.

« Ce rapport du GIEC est le deuxième d'une série de trois qui a démarré en février dernier par un premier diagnostic scientifique établissant avec certitude l'existence des changements climatiques.

«`Dans cette seconde livraison de 1400 pages, qui analyse les changements par secteurs et par régions et dont l'AFP a obtenu un exemplaire, les experts estiment que, même si l'on prend des mesures radicales pour réduire les émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, la hausse des températures sur toute la planète dans les prochaines décennies est d'ores et déjà une certitude», conclut la dépêché de la AFP.

Comme on pouvait s'y attendre, Dan Fisk, conseiller à la sécurité nationale pour la région, a déclaré le jour même de la réunion de Camp David que «Cuba ferait partie de la discussion de questions régionales, et pour aborder non le thème de l'éthanol - sur lequel le président Fidel Castro convalescent a justement écrit un article jeudi dernier - mais celui de la famine qu'il a provoquée chez le peuple cubain».

Comme ce monsieur mérite une réponse, je me vois obligé de lui rappeler que le taux de mortalité infantile à Cuba est inférieur à celui des États-Unis. Il peut être sûr qu'aucun citoyen cubain n'est privé de soins médicaux gratuits. Tout le monde fait des études et personne ne manque d'offres de travail utile, malgré presque un demi-siècle de blocus économique et la tentative des administrations étasuniennes d'amener le peuple cubain é la reddition par la faim et l'asphyxie économique.

La Chine n'utiliserait jamais une seule tonne de céréales ou de légumineuses pour produire de l'éthanol. Il s'agit d'une nation à l'économie prospère qui bat de records de croissance, où aucun citoyen ne manque des revenus nécessaires pour acheter des biens de consommation essentiels, bien que 48 p. 100 de la population, qui dépasse 1,3 milliard d'habitants, travaille dans l'agriculture. Elle s'est proposée au contraire de faire des économies d'énergie considérables en éliminant des milliers d'usines qui consomment des quantités d'électricité et de carburant inacceptables. Elle importe bien des aliments mentionnés de n'importe quel endroit du monde, les transportant depuis des milliers de kilomètres.

Des dizaines et des dizaines de pays ne produisent pas d'hydrocarbures et ne peuvent pas cultiver du maïs et d'autres grains, ni des graines oléagineuses, parce qu'ils n'ont même pas assez d'eau pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.

Lors d'une réunion convoquée à Buenos Aires par la Chambre de l'industrie de l'huile et le Centre des exportateurs et portant sur la production d'éthanol, le Hollandais Loek Boonekamp, directeur des Marchés et du Commerce agricole de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a déclaré à la presse : «Les gouvernements se sont emballés; ils devraient garder la tête froide et se demander s'il faut soutenir l'éthanol si fortement.

« La production d'éthanol n'est viable qu'aux États-Unis, nulle part ailleurs, à moins de subventions.

« Ce n'est pas la manne, et nous ne devons pas nous engager à l'aveuglette ».

« Aujourd'hui, les pays développées poussent à ce que les carburants fossiles soient mêlés aux biocarburants à hauteur de 5 p. 100, ce qui exerce déjà une pression sur les cours des produits agricoles. Si ce taux s'élevait à 10 p. 100, il faudrait utiliser 30 p. 100 de la surface semée aux USA et 50 p. 100 de celle de l'Europe. Je me demande donc si c'est soutenable. La demande accrue de cultures à éthanol fera grimper les prix et les rendra plus instable.» a-t-il conclu.

Les mesures protectionnistes se montent désormais à 50 centimes le gallon, tandis que les subventions réelles sont encore plus élevées.

Un simple calcul arithmétique, de ceux qu'on apprend à l'école, permet de constater qu'il suffit de substituer des ampoules à basse consommation aux ampoules à incandescence pour économiser, comme je l'ai dit dans mes réflexions antérieures, des milliards de dollars en investissements et en ressources énergétiques, sans utiliser un seul hectare de terre arable.

Sur ces entrefaites, des nouvelles publiques en provenance de Washington nous apprennent, selon l'AP :

« La disparition mystérieuse de millions d'abeilles dans tous les États-Unis met les apiculteurs sur les nerfs et inquiète même le Congrès qui débattra jeudi la situation critique d'un insecte capital pour le secteur agricole.

"Les premiers indices sérieux de cette énigme sont apparus un peu après Noël dans l'État de la Floride, où les apiculteurs ont constaté que les abeilles avaient disparu.

« Depuis, ce syndrome que les experts ont baptisé Problème de la disparition des essaims (CCD, selon le sigle anglais) a réduit de 25 p. 100 les essaims du pays.

« "Nous avons perdu plus d'un demi million de ruches, qui compte environ 50,000 abeilles chacune", a déclaré Daniel Weaver, président de la Fédération des apiculteurs des États-Unis, qui a précisé que le mal touchait une trentaine des cinquante États. Le plus curieux, c'est que, bien souvent, on ne trouve pas de cadavres.

« Selon une étude de l'université de Cornell, les abeilles assurent la pollinisation de cultures évaluées de 12 à 14 milliards de dollars.

« Les scientifiques, avancent toutes sortes d'hypothèses, entre autres qu'un pesticide ait provoqué des dommages neurologiques aux abeilles et altéré leur sens de l'orientation. D'autres accusent la sécheresse, voire les ondes des téléphones portables, mais le fait est que personne se sait vraiment quelle est la cause de ce phénomène.»

Le pire nous attend peut-être : une nouvelle guerre pour contrôler les fournitures de gaz et de pétrole, qui mettrait l'espèce humaine au bord de l'hécatombe totale.

Des organes de presse russes, citant des services de renseignement, ont informé que les préparatifs minutieux de la guerre contre l'Iran ont démarré depuis plus de trois ans, le jour où l'administration étasunienne a décidé d'occuper totalement l'Iraq, y déclenchant une guerre civile odieuse et interminable.

En attendant, le gouvernement des USA consacre des centaines de milliards de dollars à la mise au point d'armes à technologie hautement perfectionnée, telles celles qui utilisent des systèmes microélectroniques, ou de nouvelles armes nucléaires qui pourraient atteindre leur cible à peine une heure après en avoir reçu l'ordre.

Les États-Unis se moquent royalement de l'opinion mondiale qui s'oppose aux armes nucléaires, quel qu'en soit le type.

Démolir jusqu'à la dernière usine iranienne est une besogne technique relativement facile à exécuter pour une puissance telle que les USA. Le plus difficile risque de venir ensuite, si l'on déclenche une nouvelle guerre contre une autre croyance musulmane qui mérite tout respect, tout comme le méritent les autres religions des peuples de Moyen, du Proche ou de l'Extrême-Orient, antérieures ou postérieures au christianisme.

L'arrestation de soldats britanniques dans les eaux territoriales de l'Iran semble une provocation tout à fait comparable à celle des prétendus «Frères à la rescousse» quand, violant les ordres du président Clinton, ils se sont introduits dans nos eaux territoriales et que l'action défensive de Cuba, absolument légitime, a servi de prétexte à cette administration pour signer la fameuse loi Helms-Burton qui viole la souveraineté de pays tiers. De puissants médias ont enseveli cet épisode dans l'oubli. Beaucoup de gens attribuent le fait que le baril de pétrole ait atteint lundi presque 70 dollars aux craintes d'une attaque contre l'Iran.

D'où les pays pauvres du tiers monde tireront-ils les ressources minimales pour survivre?

Je n'exagère pas ni ne tiens des propos outranciers: je m'en tiens aux faits.

Comme on peut le voir, le polyèdre a bien des faces sombres.

Le 3 avril 2007
Fidel Castro Ruz  

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Discours d'une militante du Syndicat des postiers du Canada:
«Nous exigeons le retrait immédiat des troupes canadiennes»!

Traduction d'un article publié dans le numéro du 1er au 15 avril 2007 du «People's Voice»

Discours de Cindy McCallum, directrice de la Région Des prairies du Syndicat des postiers du Canada, prononcé le 17 mars au Forum anti-guerre, organisé par l'Alliance canadienne pour la paix à Winnipeg.

Je suis heureuse de manifester avec vous ici, en cette journée internationale de protestation contre les invasions et les occupations de l'Irak et de l'Afghanistan.

Je ne prétends pas être une spécialiste du rôle du Canada en tant qu'appui au programme que se sont donnés les États-Unis ou des détails de la guerre. Je suis ici parce qu'en tant que femme et que membre de la classe ouvrière du Canada, j'ai le devoir, envers les femmes et les membres de la classe ouvrière de ces pays, de m'élever contre la terreur et l'oppression que ces populations endurent à cause de nos attaques. Ce sont mes soeurs et mes frères, ces personnes qui meurent parce que mon gouvernement a décidé de les attaquer. Je suis ici pour exprimer mon indignation face au rôle que joue mon pays dans le cadre de cette tragédie internationale, et pour exiger du gouvernement Harper le retrait immédiat des troupes canadiennes des combats.

Mon syndicat, le Syndicat des postiers du Canada (SPC), participe à plusieurs manifestations de protestation qui  ont lieu aujourd'hui au Canada et au Québec. Notre bureau national a publié un bulletin à nos membres pour leur rappeler pourquoi leur syndicat a pris l'engagement de participer au mouvement pour la paix et pour le retrait des troupes de l'Afghanistan.

Le SPC rappelle à ses membres que cette guerre a de nombreuses conséquences directes. Premièrement, le gouvernement Harper, en assurant une présence militaire en Afghanistan, dépense nos ressources, qui seraient mieux utilisées à fournir des soins de santé, des services sociaux et une aide internationale véritable. Deuxièmement, en luttant contre cette politique prioritaire du gouvernement Harper, nous sommes plus capables de vaincre ses autres politiques, entre autres de bloquer ses attaques contre les droits des femmes et contre les soins aux enfants. Troisièmement, en Afghanistan, les syndicats locaux mènent une lutte contre la privatisation, qui est l'une des principales luttes de notre Syndicat dans notre pays. Et finalement ce sont des travailleurs/euses que le gouvernement canadien envoie pour combattre, mourir et tuer d'autres travailleurs/euses.

En tant que féministe, je suis particulièrement inquiète du sort des femmes de ces pays, qui sont violées, battues et opprimées. Cette année, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le Congrès pour la liberté de l'Irak a lancé un appel aux femmes et aux hommes qui tiennent à l'égalité pour qu'ils protestent contre l'occupation et la violence de bandes sectaires, dont les conséquences sont terribles pour les femmes.

Le Congrès affirme qu'«en Irak, où règnent la destruction et le désordre, ce sont les femmes qui paient le plus cher en matière de dignité et de conditions de vie» et que «les forces d'occupation ont ouvert toutes grandes les portes aux violations des droits de la personne, particulièrement des droits de la femme.»

Autant le Congrès pour la liberté de l'Irak qu'Amnistie Internationale ont soulevé la question de l'emprisonnement et de l'exécution de femmes accusées d'avoir participer à la résistance armée contre les forces d'occupation. Amnistie s'est penchée sur le cas de trois de ces femmes, que l'État a condamné à la peine de mort bien qu'elles n'aient pas eu le droit de recourir à de l'aide juridique au cours de leur procès ni le droit d'en appeler de la décision. Deux de ces femmes, Liqa Muhammad et Wassan Talib, sont actuellement emprisonnées avec leurs enfants de très bas âge. Ces enfants peuvent remercier George Bush et les forces d'occupation, alors qu'on se prépare à assassiner leurs mères.

Je m'inquiète également, en tant que syndicaliste, du sort des syndicalistes d'Irak et d'Afghanistan. Le monde est aujourd'hui un endroit dangereux pour les personnes qui défendent les droits des travailleurs/euses face au pouvoir croissant des grands monopoles. L'Organisation internationale du travail reconnaît le droit des travailleurs/euses de se syndiquer et de militer dans des syndicats, mais l'imposition systématique du silence par l'assassinat des leaders syndicaux se poursuit sans soulever de protestation publique.

Le Congrès syndical de Grande-Bretagne a diffusé un nouveau livre intitulé «Hadi Never Died» (Hadi n'est jamais mort). Il raconte la torture et l'assassinat de Hadi Saleh, secrétaire international de l'actuelle Fédération iraquienne des travailleurs, alors qu'il essayait de reconstruire le mouvement syndical, que Saddam Hussein avait vilement réprimé pendant 40 ans. L'assassinat de Hadi a été suivi par une vague d'assassinats de leaders et de membres syndicaux. Il semble que l'on ait choisi particulièrement les enseignants/antes irakiens/iennes comme cible pour empêcher l'instauration de la justice sociale et de la stabilité, objectifs pour lesquels les syndicats se battent.

Le gouvernement irakien n'a rien fait pour mettre fin aux mesures mises en place par Saddam Hussein pour interdire les syndicats. Il a, au contraire, développé les tactiques répressives visant à restreindre au maximum la capacité des travailleurs/euses de se défendre et de lutter pour la justice.

Abdullah Muhsin, de la Fédération irakienne des travailleurs a déclaré : «L'économie irakienne a été pulvérisée par les guerres de Saddam, saignée aux quatre veines par les sanctions et démolie davantage par l'invasion, le pillage et la corruption généralisée. L'économie irakienne a un besoin urgent d'investissements et d'une reconstruction générale. Des syndicats libres et indépendants joueront un rôle important pour faire en sorte que les investissements placés en Irak puissent garantir la création d'emplois de qualité et l'établissement de services publics acceptables.

«Les syndicats sont également important pour conférer à l'Irak un futur démocratique et une identité nationale. Ils constituent un antidote aux poisons sectaires de l'extrémisme en Irak» a-t-il dit en terminant.

Il est évident que les forces d'invasion et d'occupation ne cherchent pas à faire régner l'égalité pour le peuple, et qu'elles visent l'accès sans restriction aux ressources et la création d'une économie permettant l'exploitation.

En Irak, personne ne met en doute que le pétrole constitue l'objectif des envahisseurs. Les travailleurs irakiens veulent garantir que le pétrole continuera d'être un bien appartenant au peuple irakien, mais les envahisseurs ne veulent pas permettre cela. Le pétrole est le butin qu'ils convoitent, mais ils visent également à s'accaparer les autres joyaux du coffre au trésor : les profits de la reconstruction de l'infrastructure qui a été détruite et le contrôle de ces installations. Les envahisseurs veulent en devenir les maîtres par la privatisation, moyen que les grandes compagnies utilisent partout dans le monde pour voler aux peuples les richesses qui leur appartiennent.

En Afghanistan, un scandale a éclaté au sujet de la construction de logements suite au détournement de fonds occidentaux destinés à la reconstruction. Au lieu de bâtir de petits logements peu chers pour la population et de mettre fin à la tragédie qu'est la mort par le froid de centaines de sans-abri afghans chaque hiver, des ministres des cabinets et des amis du gouvernement ont pris la liberté de s'attribuer des terres de premier choix et de construire des villas sous la protection des forces de l'OTAN.

La corruption se porte très bien en Afghanistan. Les forces de l'OTAN protègent les élites afghanes et sont la cause directe de la mort de civils. Mais les médias canadiens accordent peu d'attention à ces victimes et à ces morts.

De plus la guerre cause la mort de Canadiens et de Canadiennes. Ces jeunes hommes et femmes sont en train d'être sacrifiés/ées au jeu très ancien de la guerre. Combien d'autres corps seront placés dans des cercueils, recouverts d'un drapeau et renvoyés à leurs familles éplorées? Je dis que c'est assez!

Le Canada avait la réputation d'être un pays qui oeuvrait pour le maintien de la paix. Notre rôle au sein des nations Unies nous avait attiré des honneurs et de l'amitié partout à travers le monde. Nous refusions d'adopter tout bêtement la politique étrangère des États-Unis, et nous étions fiers de notre indépendance. Mais Stephen Harper a décidé de modifier le rôle que nous devions jouer en Afghanistan. Il voulait calmer ses maîtres états-uniens et nous transformer en l'un de ces pays occidentaux qui leur servent de fiers-à-bras.

Le peuple afghan n'a pourtant jamais attaqué le Canada : il n'est pas notre ennemi.

La guerre en Irak a été déclenchée à cause de la soif de profits et au moyen du contrôle et de la manipulation. Elle est illégale et immorale. Elle ne peut être appuyée.

Les Canadiens ne devraient pas faire partie d'un programme qui impose une réalité non désirée à un peuple non consentant. Le gouvernement fédéral n'a pas le droit de poursuivre cette tragique farce. Il doit écouter notre appel, retirer immédiatement les troupes d'Afghanistan et cesser d'appuyer les États-Unis en Irak.


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Éditorial: Tous et toutes contre la guerre en IRAN

Éditorial du People's Voice, avril 1-15, 2007

Le danger d'une guerre contre l'Iran augmente une fois de plus, avec d'éventuelles conséquences catastrophiques encore pires que les horreurs de la guerre en Irak.

Toute la vérité sur la capture des marins britanniques par l'Iran nous sera sans doute bientôt révélée. Il y a déjà lieu de se demander : pourquoi la Grande-Bretagne, le principal complice des États-Unis dans la guerre d'agression illégale en Irak, devrait-elle avoir le droit de monter à bord des navires de commerce iraniens et de les perquisitionner? Cet incident survient tout juste après les affirmations controversées, voulante l'Iran soit directement impliqué dans le ravitaillement en armes des rebelles qui se battent contre les forces d'occupation en Irak, et que l'Iran se trouverait théoriquement « sur le point » de fabriquer des armes nucléaires.

Un modèle familier est en train de voir le jour. Désespéré de justifier la campagne impérialiste visant à contrôler les approvisionnements en énergie du Moyen-Orient, Washington et Londres sont en train de déverser un flot d'accusations à l'encontre de l'Iran. La vie des braves soldats états-uniens et britanniques est maintenant menacée, ce qui nécessite une action rapide et décisive - puis d'abord ne venez pas me demander pourquoi ces troupes se trouvent dans cette région.

Il n'y a pas de doute que le gouvernement iranien constitue un régime réactionnaire et fondamentaliste, contrôlé par des chefs qui sont prêts à jouer avec la vie des gens afin de rester au pouvoir. Il en est à peu près de même quant au régime de Bush lui-même. Nous avons la certitude que le peuple d'Iran, tout en leur laissant le temps et en leur apportant une véritable solidarité internationale, saura remettre leur pays dans la voie de la démocratie et de la liberté. Essayer de « créer une crise » et de préparer la scène pour une agression militaire ne peut que retarder ce processus.

La situation actuelle nécessite une action coordonnée, responsable et unie de tous les partisans de la paix. Nous incitons toutes les forces pour la paix au Canada d'exiger des négociations, sans confrontation, et de soutenir le respect pour le droit international, ainsi que la souveraineté et l'indépendance des nations.

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La Ligue de la jeunesse communiste du Canada reprend le combat!

Voici la traduction d'un articles publié dans le numéro du 16 au 30 avril 2007 du
«People's Voice», principal journal communiste en anglais du Canada. Tout article peut être reproduit granuitement si la source est indiquée.

Bureau de l'Ontario du
«People's Voice»


Les 23, 24 et 25 mars, dans une grande salle de réunion tapissée de bannières et de drapeaux rouges, des jeunes communistes provenant de plusieurs régions du pays se sont réunis à Toronto pour discuter, débattre et reconstruire le plus ancienne organisation socialiste de jeunes du Canada, la Ligue de la jeunesse communiste du Canada / Young Communist League of Canada (LJC-YCL).

Ce Congrès, le 24ème de la LJC-YCL a réuni une quarantaine d'invités/ées et de déléguées/uées. De jeunes travailleurs/euses et des étudiants/iantes des cycles secondaire et universitaire ont pris des autobus, fait de l'auto-stop, se sont entassés dans des autos ou ont voyagé en avion de divers coins du Canada, y compris du Québec.

Au cours de ces trois jours de sessions plénières, d'ateliers et de panels, les membres de la LJC-YCL ont débattu de nombreuses questions d'importance auxquelles les jeunes du Canada et du monde sont confrontés aujourd'hui.

«J'ai trouvé très bons les débats auxquels nous avons participé. J'ai été impressionnée par le niveau des discussions», a déclaré une déléguée au journaliste du «People's Voice». «Nous venons de franchir une étape très importante pour nous».

Le slogan de la principal bannière était «Préparons la riposte : bâtissons le LJC organisationnellement, politiquement et idéologiquement!». Sur une autre bannière on pouvait lire : «Jeunes et étudiants tous unis pour vaincre Harper et l'extrême droit!».

Les délégués/uées ont parlé de leurs expériences personnelles sur différents sujets, entre autres, la crise de l'emploi due aux privatisations, la difficulté d'accès aux études, les moyens à prendre pour que les jeunes travailleurs/euses participent aux luttes du mouvement syndical. D'autres questions ont également été abordées, telles que l'importance cruciale de la solidarité internationale, du mouvement environnemental et des alliances à établir dans ces domaines.

L'un des moments importants du Congrès a été le panel international, auquel étaient présents des membres d'organisations de la jeunesse communiste venus de Grèce (KNE), du Portugal (JPE), de Cuba (UJC) et des États-Unis (YCL USA), ainsi que Miguel Maderia, président de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique, dont le siège se trouve à Budapest, qui a félicité les membres de la LJC pour leur Congrès de reconstruction.

«Il y a trois ans, nous avons mis en branle le processus de reconstruction de la  Ligue, et nous pouvons voir aujourd'hui, à ce Congrès, que nous sommes en train de nous développer non seulement en nombre mais aussi politiquement» a dit Stephen Von Sychowski au «People's Voice», après avoir prononcé le discours d'ouverture. «Je crois que nous sortons de ce Congrès avec la certitude que nous continuerons à nous développer, et que nos activités se développer, et que nos activités se développeront en même temps que nous».

Au terme du Congrès, la LJC-YCL avait adopté ses Statuts et règlements, la Déclaration d'unité et résistance, le Rapport politique et un Plan d'action à la fois ambitieux et stimulant.

Un Comité central de dix membres a été élu. Il comprend deux membres de la Colombie britannique, un de l'Alberta, un du Manitoba, trois de l'Ontario, deux de la région nationale du Québec et un des provinces maritimes. L'un des membres du Comité central appartient à une Nation autochtone.

Le Comité a également élu un Comité exécuitif central de deux femmes et de deux hommes, dont Marianne Breton-Fontaine, du Québec. L'organisateur de la LJC-YCL de l'Ontario, Johan Boyden, a été élu secrétaire générale de la Ligue.

«Le discours d'ouverture du Congrès, le Rapport politique et le Plan d'action ont identifié trois principaux domaines de travail sur lesquels la Ligue doit se concentrer pour développer l'unité et le militantisme parmi les jeunes du Canada : la paix, l'éducation et les emplois», a dit Von Sychowski, qui a été élu au Comité exécutif central à titre d'organisateur central. La LJC-YCL a établi qu'elle organisera des campagnes dans ces domaines et qu'elle poursuivra et améliorera la publication de son magazine «Rebel Youth» (Jeunesse rebelle).

«Nous sortons de ce Congrès unis, renforcés et prêts à poursuivre la construction de la Ligue et du mouvement des jeunes et des étudiants/iantes au niveau du Canada, et à contribuer au niveau international», a déclaré Shona Bracken, membre du Comité exécutif central. Dans quelques semaines, elle se rendra à Caracas, à l'invitation de la jeunesse communiste du Venezuela, pour participer à une conférence international des femmes.

«Notre Congrès et la conférence de la Fédération internationale démocratique des femmes surviennent en une époque pleine de dangers pour notre génération, pour notre classe et pour le Canada», a dit Shona Bracken à «People's Voice». qui va rédiger un rapport de sa visite au Venezuela.

«Aujourd'hui la jeunesse est confrontée à la destruction de l'environnement, à des guerres, à des attaques contre tous les systèmes de services à la population, entre autres en matière d'éducation, de logement, de santé et de services sociaux. Or le Venezuela montre que d'importantes étapes peuvent être franchies dans ces domaines. Notre époque elle est aussi très stimulante : c'est le moment crucial pour les jeunes de s'engager dans les luttes afin de riposter au régime des grands monopoles capitalistes. C'est le moment crucial pour eux d'adhérer à la Ligue de la jeunesse communiste» a dit Shona Braclen. «C'est une lutte que nous devons, que nous pouvons et que nous allons gagner!»


Pour
de plus amples informations sur la Ligue de la jeunesse communiste et pour lire les documents de son Congrès visitez son site Internet : http://www.ycl-ljc.ca.

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Le budget des conservateurs pourrait déclancher une levée de barricades chez les nations autochtones

Déclaration de Phil Fontaine, chef national de l'Assemblée des Premières nations, au sujet du budget fédéral : Les Premières nations sont exclues d'un Canada  « plus fort et meilleur »

Voici la traduction d'un article publié dans le numéro du 1er au 15 avril 2007 du «People's Voice»

Le budget dévoilé par le gouvernement conservateur le 19 mars a déclenché une levée de boucliers chez les nations autochtones dans tout le Canada.

«Nous nous attendions à ce que le budget d'aujourd'hui contiendrait des améliorations pour tous les Canadiens/iennes, mais aujourd'hui qu'elles en ont pris connaissance, les Premières nations sont plus que déçues» a déclaré Phil Fontaine, chef national de l'Assemblée des Premières nations. «Rien dans ce budget ne nous permet de croire que le gouvernement s'intéresse aux conditions révoltantes auxquelles sont soumises les Premières nations.»

Bien que Phil Fontaine ait qualififié d'"encourageant" le renouvellement par le gouvernement de programmes tels que la Stratégie de justice autochtone et l'initiative «Partenariat des compétences autochtone et des emplois», il considère que «les investissements prévus dans le budget de 2007 ont été décidés en l'absence d'un plan d'ensemble» permettant de satisfaire les besoins urgents surtout en matière de logement social.

«Le plus évident de tous les aspects du déséquilibre fiscal est le sous financement des services publics fournis aux Premières nations en matière de santé, de soins aux enfants, d'éducation, de logement et d'infrastructure» a déclaré Phil Fontaine. «Aucun secteur de la population canadienne n'a dû endurer le plafond de 2% qui nous a été imposé en matière de financement depuis plus d'une décennie. Notre population continue de s'accroître alors que le fossé entre riches et pauvres se creuse davantage. Le budget d'aujourd'hui ne fait qu'empirer le déséquilibre fiscal : au cours des sept prochaines années, le gouvernement remettra aux provinces 39 milliards de dollars sans accorder une attention comparable aux Premières nations.

Au sujet du récent rapport «Négociation ou confrontation - le choix du Canada» émis par le Sénat sur les revendications spécifiques des peuples autochtones, Phil Fontaine a averti des conséquences que pourrait avoir toute négligence à traiter de «l'immense dette qui existe envers les Premières nations quant aux revendications territoriales non réglées». D'autres leaders autochtones ont été encore plus directs. L'Assemblée des chefs du Manitoba menace de ne pas coopérer en matière de nouveaux barrages hydroélectriques et de projets de foresterie. Le grand chef Ron Evans de l'Assemblée a dit qu'il ne s'était pas encore "remis" du budget, qui, ne consacre aux Autochtones que 70 millions de dollars sur un total de 10 milliards de nouvelles dépenses au niveau du pays.

«La somme d'argent que ce budget nous attribue ne nous permet que de gérer notre propre misère», a déclaré Evans.

Evans, qui a été candidat du Parti libéral à Churchill aux élections fédérales de 2004, est également en colère contre le premier ministre néo-démocrate du Manitoba, Gary Doer, et se prépare à bloquer les projets tant provinciaux que fédéraux.

«Ce qui me surprend c'est que le premier ministre, qui était l'un des grands défenseurs de Kelowna, se réjouisse aujourd'hui de ce budget», a déclaré Evans. Il se référait à l'accord établi en 2005 avec les Autochtones, d'une valeur de 5,1 milliards de dollars, qui visait à augmenter le financement de logements, de services de logements, d'éducation, de santé et d'opportunités économiques. Aujourd'hui, cet accord est mort et enterré.

Evans a affirmé que si les gouvernements ignoraient les Premières nations, celles-ci répondraient en bloquant la construction de nouvelles lignes de transmission électriques ou de barrages hydroélectriques, ou l'exploitation des riches ressources forestières et minérales du Nord.

«Aussi certainement que le printemps suit l'hiver, le budget de 2007 de Stephen Harper déclenchera un été de protestation des peuples autochtones d'un océan à l'autre» a prédit le grand chef Stewart Phillip, président de l'Union des chefs amérindiens de Colombie britannique.

«Cette dernière attaque délibérée contre les peuples autochtones constitue la troisième faute commise par le gouvernement Harper, ce qui le disqualifie pour de bon à nos yeux. Il y a d'abord eu le rejet total de l'accord de Kelowna; puis le refus du Canada de signer la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples aborigènes; et finalement maintenant, l'annonce que sur les 9 milliards de dollars de surplus du budget, le gouvernement ne consacrera que 21 million à de nouvelles dépenses pour les peuples autochtones» a ajouté le grand chef Phillip. «C'est assez! Nos communautés ont depuis longtemps atteint le point de rupture.»

«Soyons clairs» a précisé le grand chef. «Nous ne demandons pas d'autres prestations du bien-être social fédéral. Nous voulons que le gouvernement du Canada réponde à ses obligations constitutionnelles et juridiques dans le domaine des droits territoriaux non réglés (...) Nous voulons que le gouvernement du Canada reconnaisse et satisfasse nos droits autochtones et les droits qui nous ont été attribués en vertu des traités portant sur nos territoires respectifs. De plus nous exigeons que le gouvernement fédéral fasse du développement économique la principale priorité en matière de dépenses.»

«Il est évident que le gouvernement du Canada ne nous écoute pas» En terminant il a affirmé qu'«un été de barricades, de cagoules et de foyers de pneus finira peut-être par attirer l'attention du gouvernement sur l'urgence des conditions désespérées dans lesquelles vivent les peuples autochtones du Canada.»

David Chartrand, président de la Fédération des Métis du Manitoba et  ministre  des finances du Conseil national métis (CNM) a manifesté sa déception sur le fait que moins de un pour cent des ressources fédérales attribuées aux peuples aborigènes soit attribué aux  350 000 Métis qui vivent au Canada.

«L'écart continue de grandir entre les attentes des Canadiens/iennes et les conditions de vie réelles des Métis, bien que ces derniers se battent avec détermination» a affirmé Chartrand. «Avec le temps, cette exclusion conduira à un accroissement du fossé entre riches et pauvres, à laquelle s'ajoutera l'augmentation des coûts, fardeau qui sera porté par les Canadiens/iennes du futur dans de futurs budgets. Il ne s'agit pas d'une question qui ne concerne que les Métis : il s'agit d'une question canadienne. Nous paierons tous pour le fait que ce budget a raté l'occasion de corriger la situation.»


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Le 35ème Congrès du Parti communiste du Canada
Un Congrès uni et militant

Voici la traduction d'un article publié dans le numéro du 1er au 15 mars 2007 du «People's Voice», principal journal communiste en anglais du Canada. Tout article peut être reproduit granuitement si la source est indiquée.

Collaboration spéciale / People's Voice

Au cours de la fin de semaine du 2 au 4 février, les communistes canadiens sont retournés à leurs racines. Leur 35ème Congrès central a en effet eu lieu près de l'Université de Toronto, dans la salle des Métallos, juste en face du «24 Cecil Street», édifice qui avait été la maison du Parti communiste du Canada pendant des décennies.

Dans son discours d'ouverture à plus de 60 délégués et membres suppléants venu de différents régions du pays, le leader du PCC, Miguel Figueroa a rendu hommage à «ce magnifique bâtiment, qui avait été mis sur table d'écoute par la Gendarmerie royale du Canada, puis incendié par des fascistes et entièrement reconstruit». L'immeuble a été volé à notre Parti au cours de la crise interne du Parti de 1990 à 1992, «mais le Parti communiste, lui, a survécu», a poursuivi Figueroa, «et nous voici ici, quinze ans plus tard, en train de fêter notre 85ème anniversaire (...) La vie a prouvé qu'elles se trompaient ces âmes démoralisées, qui ont abandonné leur perspective révolutionnaire et ont pensé que le socialisme et le marxisme étaient morts. Eh bien non, ils ne sont pas morts. Ils sont vivants et se portent très bien. Ils se développent à Cuba, au Venezuela et à mesure que la vague anti-impérialiste balaie l'Amérique latine et les autres parties du monde aujourd'hui!»

Dans son discours d'ouverture présenté au nom du Comité exécutif sortant du Parti, Figueroa a poursuivi l'analyse des questions urgentes qui ont été au centre de la politique canadienne.

Au sujet de l'intérêt soudain manifesté par le premier ministre au sujet de l'environnement, Figueroa a rappelé le discours qu'avait prononcé Stephen Harper en 2002. Il qualifiait alors l'accord de Kyoto de "machination socialiste visant à saigner aux quatre veines les pays producteurs de richesse". Personne ne devrait être dupé de cette "conversion aux politiques écologiques lorsqu'on est à l'article de la mort".

Le leader du PCC a lancé un appel à appuyer pleinement les actions anti-guerre devant avoir lieu le 17 mars dans le monde entier et a dénoncé le double processus de mondialisation capitaliste et de militarisation, qui ont «accéléré l'accumulation de la richesse entre les mains d'un minorité au dépens de la grande majorité de l'humanité».

Figueroa a souligné que les atteintes contre les droits démocratiques et les droits civils, telles que les "listes d'interdiction de vol" et les emprisonnements entourés de secret de suspects ayant reçu des «certificats de sécurité» sont toujours plus nombreuses. «La lutte pour la défense des droits démocratiques est une tâche incontournable aujourd'hui car elle fait partie de la lutte stratégique pour le socialisme», a-t-il affirmé.

Une question a récemment pris un nouveau tournant : le débat parlementaire sur le statut de Québec. «Cet événement théâtral bizarre présentait des aspects à la fois importants et trompeurs», a affirmé Figueroa. In en a souligné la dimension remarquable : en effet, presque 140 ans après la Confédération, le Parlement a finalement dû reconnaître que le Québec et son peuple constituent une nation au sein du Canada.

Il a d'autre part relevé le fait que «les partis fédéralistes bourgeois n'ont pas ménagé d'efforts pour (...) nier tout droit découlant du statut de Québec en tant que nation» tel que le droit à l'autodétermination. Figueroa a déclaré que puisque le vote du Parlement ne modifie pas la Constitution, le Parti communiste continuera à exiger la tenue d'une Assemblée constituante élue ayant pour tâche l'élaboration d'une nouvelle Constitution qui soit fondée sur une association égalitaire et volontaire des peuples autochtones, du Québec et du Canada anglophone.

Relativement aux prochaines élections fédérales, Figueroa a souligné que 12 mois de gouvernement conservateur ont confirmé ce que le PCC pensait : il est indispensable de défaire les conservateurs de Harper au prochaines élections. Le Parti communiste présentera environ 25 candidats et candidates, et sa campagne se déroulera sous le thème «Pour une alternative populaire aux politiques des grandes entreprises, et pour de profonds changements économiques et politiques».

«Mais les principales luttes», a poursuivi Figueroa, «continueront d'être menées sur les lieux de travail, sur la place publique et dans les communautés de ce pays, c'est-à-dire dans l'arène des luttes extraparlementaires». Soulignant que les travailleurs/euses sont prêts à se battre, il a lancé un appel à redoubler d'efforts afin de dynamiser le mouvement syndical pour que ce dernier joue un rôle dirigeant dans le cadre de la riposte de vastes secteurs de la population contre les politiques néoliberales et guerrières.

Après le discours d'ouverture de Figueroa, les débats portant sur le document «Projet de résolution», diffusé par le Comité central du Parti en octobre dernier, ont commencé. Des douzaines de délégués/uées ont pris la parole, traitant d'une vaste gamme de sujets et présentant une vision d'ensemble sur la situation internationale et canadienne et passant en revue les plans du Parti communiste pour la prochaine.

Avant le Congrès les cellules du Parti et les instances provinciales avaient tenu des réunions pour discuter en détail du contenu de la Résolution et avaient soumis une trentaine de propositions d'amendement visant à clarifier ou à améliorer le document. La plupart de ces amendements ont été adoptés au cours des débats du Congrès. Les délégués/uées ont également adopté un «Plan de travail pour le parti» détaillé, ainsi qu'une série de résolutions d'adoption de mesures spéciales sur des sujets allant des «listes d'interdiction de vol» aux attaques des conservateurs visant à détruire la Commission canadienne du blé.

L'un des clous du Congrès a été le discours de Barbara Jackman, conférencière invitée. Elle est l'avocate des trois prisonniers ayant des «certificats de sécurité» qui sont détenus au pénitencier de Millhaven, situé à Kingston, en Ontario. Jackman a présenté une analyse saisissante de ces procédures hautement discriminatoire du point de vue racial. Elle a souligné le fait que 27 des 31 certificats de sécurité émis depuis 1992 ont été attribués à des hommes des communautés palestinienne, kurde, sikh, tamoule, arabe et musulmane.

Jackman a souligné que dans de tels cas les preuves présentées sont secrètes et que les juges, surtout de race blanche, connaissent mal les communautés visées. L'une des très graves lacunes de ces procédures est la piètre qualité des décisions rendues. Les agents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et les ministres de cabinet chargés de porter des accusations n'ont qu'à déclarer qu'ils ont «des motifs raisonnables leur permettant de croire» que ces personnes constituent un danger pour la sécurité. Ils n'ont pas à invoquer l'existence de «motifs basées sur des preuves» selon les critères plus stricts qu'exigent les procédures des autres tribunaux. Jackman affirme qu'il en résulte que «nous perdons toutes nos causes». Elle a terminé son exposé en décrivant les terribles conditions de détention dans lesquelles se trouvent les trois hommes. Après le discours de Jackman, les délégués/uées ont adopté une résolution spéciale dénonçant les «certificats de sécurité» et exigeant la tenue de procès justes pour les détenus.

Le second conférencier invité, Ali Mallah, représentant de l'Alliance canadienne pour la paix (et vice-président de la Fédération canado-arabe) a salué et remercié le Parti communiste pour sa participation continuelle aux activités du mouvement anti-guerre dans tout le Canada.

Lors d'une des soirées festives, Ernesto Senti, ambassadeur de Cuba au Canada, a transmis à la foule nombreuse les salutations chaleureuses du Parti communiste de Cuba et a accueilli avec joie les bonnes nouvelles sur la convalescence du camarade Fidel Castro. Ensuite, le co-président du Parti communiste des États-'Unis, Jarvis Tyner, a dénoncé l'administration d'extrême-droit de Bush et a mentionné la riposte croissante de la classe ouvrière, qui a infligé une dure défaite aux républicains en novembre dernier. Le soir suivant, John Bachtell, leader du district de l'Illinois du PC des États-Unis, a rappelé aux délégués/uées du Congrès certaines des pages d'histoire que partagent nos deux Partis, ainsi que leurs luttes communes actuelles pour la paix et la justice sociale.

Le 4 février, les délégués/uées ont clos le Congrès central en élisant le nouveau Comité central de 25 membres, qui se distingue par le pourcentage élevé de membres de la classe ouvrière et par sa grande diversité. La nouvelle direction comprend des membres des nations autochtones, des communautés latino-américaines en croissance, de la Ligue de la jeunesse communiste et des mouvements de la communauté des lesbiennes, des gais, des bisexuels/elles et des trans-sexuels/elles (LGBT).

Miguel Figueroa, chef du Parti depuis 1993, a été réélu à ce poste. Le Comité exécutif central comprend trois leaders provinciaux du Parti, George Gidora de Colombie britannique, Darrell Rankin du Manitoba et Liz Rowley de l'Ontario, le rédacteur en chef du journal «People's Voice», Kimball Cariou, le militant syndical de Hamilton et directeur des affaires du «People's Voice» Sam Hammond et Pierre Fontaine, militant bien connu des syndicats du secteur de la santé du Québec.

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LE PCQ ET LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC

Par Robert Luxley


Bien que nous, le Parti communiste du Québec, avons soutenu  et avons milité pour Québec Solidaire dans la dernière campagne électorale, nous demeurons convaincus que de proposer de faire la souveraineté du Québec à l'heure actuelle constitue une erreur qui est nuisible au « bien commun » de la grande majorité de la population du Québec, à savoir la classe ouvrière. Nous considérons néanmoins que les bénéfices que l'unité de la gauche au Québec procure en dépit des différences de vue sur cette question sont actuellement plus grands que les inconvénients de la division. C'est pourquoi lors du congrès de fondation de l'UFP en 2001, nous avons malgré tout accepté de nous rallier à la position de la majorité et de la respecter, tout en réservant notre opinion.

Depuis, certains semblent croire que nous serions devenus indépendantistes depuis qu'au début de 2005, un petit groupe de gens incluant le chef de notre Parti, qui avaient effectivement fini par changer de position, nous ont quitté en emportant notre enregistrement légal. Or, en réalité. nous avons toujours conservé la position que nous avions mise à jour lors de notre 33ième congrès en 2001.

Nous ne sommes pas fédéralistes

Au contraire, nous condamnons le fédéralisme canadien comme un système politique conçu historiquement et précisément pour opprimer et mettre en minorité les peuples québécois et canadiens français au Canada. Nous proposons une réforme de la constitution au Canada fondée sur l'association égale et volontaire des nations, garantissant leur égalité en droit, dont le droit à l'autodétermination, c'est-à-dire de se constituer, si tel est leur volonté, en états souverains. Cette proposition a pour but de mettre fin à l'oppression nationale au Canada et vise justement à éviter autant que possible la séparation du Québec et par conséquent la division de la classe ouvrière canadienne.

Cette «solution démocratique à la question nationale créera des conditions pour préserver l'unité du Canada et pour revaloriser la lutte commune de la classe ouvrière du Canada contre la domination du capital monopoliste. C'est précisément la solution démocratique à la question nationale qui créera les conditions nécessaires au renforcement de l'unité des travailleurs et à la réalisation par la classe ouvrière de sa mission historique, le socialisme.» (William Kashtan, ..., Pour l'autodétermination du Québec, plaidoyer marxiste, Éditions Nouvelles Frontières, 1978, p. 24)

Selon nous, l'intérêt objectif de la classe ouvrière au Québec et la tâche qui en découle présentement est de prendre la direction de la société, c'est-à-dire d'enlever le pouvoir d'état à la classe capitaliste, la bourgeoisie, et d'instaurer un nouveau mode de production, un système économique conçu pour satisfaire les besoins des gens et non pour que las grandes entreprises capitalistes accumulent des profits, un système qui mettre fin à 'exploitation et à l'oppression, à la misère et à la pauvreté, au gaspillage des ressources et à la destruction de l'environnement. Ce système, c'est le socialisme.

Mais pour réaliser cet objectif, pour que la classe ouvrière réussisse à enlever le pouvoir à la bourgeoisie, elle doit nécessairement mobiliser et unir toutes ses forces contre l'État. Or, les ouvriers et les ouvrières du Québec et du reste du Canada forment en réalité une même et unique classe sociale affrontant le même État et la même bourgeoisie, et il est donc stratégiquement nécessaire que la classe ouvrière devienne unie à la grandeur du pays, sans quoi la révolution échouera.

Comme je l'ai dit plus haut, nous ne sommes pas fédéralistes. Nous nous contentons tout simplement de promouvoir la révolution socialiste et nous sommes bien forcés de le faire dans l'espace qui a été légué par l'Histoire, à moins de nous laisser dévier vers d'autres objectifs. Promouvoir la séparation du Québec actuellement implique justement de s'incliner devant les divisions entretenues par la bourgeoisie et de se laisser détourner de la révolution socialiste, le temps de réaliser ce projet qui est dans son essence bourgeois. Comme dit Lénine:
« ...ce n'est pas l'affaire du prolétariat de semblables revendications, qui se ramènent inévitablement à la revendication de créer un État de classe autonome. L'affaire du prolétariat, c'est d'unir plus étroitement les plus larges masses possibles de toutes les nationalités, de les unir afin de lutter sur le terrain le plus large possible pour la république démocratique et pour le socialisme. Et si l'arène politique qui nous est donnée à l'heure actuelle a été créée, se maintient et s'élargit au moyen d'une série de violences révoltantes, nous devons précisément, pour lutter efficacement contre toute forme d'exploitation et d'oppression, non pas éparpiller, mais réunir les forces de la classe la plus opprimée et la plus apte à la lutte, c'est-à-dire la classe ouvrière.» Lénine, A propos de manifeste de l'union des social-démocrates arméniens, O.C., tome 6, p. 335)

Contre l'oppression nationale, une classe ouvrière unie pour le socialisme

Nous vivons dans un État capitaliste ayant un système politique fédéral, où le pouvoir est relativement décentralisé entre un gouvernement central, siège principal du pouvoir, et des gouvernements provinciaux qui disposent de pouvoirs importants. Mais, ce sont tous ces paliers réunis, avec l'armée, la police et tout l'appareil de répression qui constituent ce que nous appelons « l'État », un État au service de toute la classe capitaliste à travers le Canada tout entier, le Québec incluse. La décentralisation relative de l'État fédéral canadien permet à la bourgeoisie de gérer les contradictions qui existent entre ses différentes sections nationales et régionales et, dans une certaine mesure, de préserver son unité contre la classe ouvrière au Canada. En même temps, dans le cadre de la concurrence qu'elles se livrent, chacune de ces sections de la bourgeoisie cherche à mobiliser le segment de la classe ouvrière qu'elle a sous sa domination directe en appui à sa propre position, et contribue ainsi à diviser la classe ouvrière canadienne sur ces mêmes bases nationales et régionales. C'est là en grande partie le secret de la domination politique de la bourgeoisie au Canada.

Le fédéralisme canadien doit son existence à la volonté de la bourgeoisie canadienne, majoritairement d'origine britannique au début de la Confédération parce qu'elle est issue de la domination coloniale, de conserver sa position dominante. En effet, les Canadiens français constituant à l'époque une part trop importante de la population et la grande majorité au Bas-Canada, il aurait été difficile pour la bourgeoisie de mettre sur pied une république démocratique centralisée. Elle fit le compromis plutôt d'un État fortement décentralisé où elle s'assurait de sa position dominante sur le Canada, en permettant aux Canadiens français de ne disposer du pouvoir que d'une seule législature provinciale, le Québec, alors que les citoyens d'origine britannique conservaient la majorité dans plusieurs autres provinces (Ontario, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse au début).

En même temps, paradoxalement, la grande autonomie dont le Québec pouvait ainsi jouir permit à la nation québécoise non seulement de subsister mais de se développer en dépit de l'oppression nationale. Ce «deal» consacré dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique a satisfait les élites québécoises un certain temps. Mais, dans les années 1930, avec la tentative du gouvernement fédéral de mettre sur pied un régime d'assurance-chômage, et surtout après la deuxième guerre mondiale, lorsque le gouvernement fédéral a voulu développer ce qu'on appela «L'État providence», cet accord constitutionnel fut remis en cause, surtout parce que le fédéral voulait dépenser dans des programmes de compétence provinciale.

Au Québec, la réaction fut le développement de l'autonomisme de Duplessis, et par la suite celui du mouvement indépendantiste. Minoritaire au début et ne mobilisant surtout que des éléments de la petite bourgeoisie, le mouvement indépendantiste québécois pris de la force lorsqu'il rallia  des éléments de la bourgeoisie. C'est alors que se créa un large front nationaliste qui se concrétisa par la création du Parti Québécois.

Le Parti Québécois fut conçu comme un front uni multi-classiste et national large, et ayant pour mission première la réalisation de l'indépendance :

«  C'est ce qui c'est fait en 1968, lors de la constitution du Parti Québécois. Depuis, il y a toujours dans le parti diverses tendances, celle plus « dure » issue du R.I.N., celle plus évolutive issue du mouvement Souveraineté-Association, puis aussi celles qui mettent le social avant le national, et l'inverse. Mais toutes ces tendances estiment que le changement s'obtiendra par la prise de conscience des Québécois eux-mêmes, dans le respect des institutions et sans recours à la violence.... En fait, l'idée d'un parti « indépendantiste » qui servait en même temps dans la mouvance d'une social-démocratie à la scandinave (ce qui est le maximum de « progressisme » pour une gauche sérieuse en contexte nord-américain) tout cela répondait à de longues nostalgies et à des aspirations profondes. »
René Lévesque, La passion du Québec, Éd. Québec-Amérique, 1978)

Évidemment pour ne pas rompre ce front uni, il fut nécessaire de l'établir sur la base de préserver le statu quo social, pour l'essentiel. A la rigueur, on a pu tolérer au PQ avant le premier référendum de 1980 un réformisme et une social-démocratie à la scandinave, ce qui ne remettait pas en cause fondamentalement le statu quo social mais était utile pour mobiliser le peuple derrière le projet souverainiste. Cela par conséquent place nécessairement la base de ce front uni avant tout en fonction des intérêts de la bourgeoisie. C'est dans ce contexte que la gauche réformiste a longtemps considéré (et c'est toujours le cas pour une grande partie de cette gauche) qu'une stratégie par étape était nécessaire, consistant à reporter les transformations sociales progressistes après l'acquisition de la souveraineté. Le mouvement indépendantiste a donc toujours été en réalité un mouvement essentiellement bourgeois qui visait à créer un État capitaliste québécois disposant de tous les pouvoirs d'un État souverain.

Pour faire oublier cette réalité, les nationalistes entretiennent toute une mystique autour du mot «souveraineté». «La souveraineté» appartient au peuple, elle n'est pas la propriété d'un seul parti!» proclame-t-on. L'objectif est de faire croire qu'au delà de la division de la société en classes sociales aux intérêts antagoniques, il est une question qui transcende toutes les autres.... la séparation politique du Québec du reste du Canada, et le rapatriement de tous les pouvoirs politiques dans les mains du gouvernement Québécois. Or selon nous, savoir qui est au pouvoir à Québec lors du rapatriement de tous les pouvoirs n'est pas qu'un simple détail : la réalité étant qu'une fois que le peuple aura exercé sa souveraineté après d'un référendum, ce sont ceux à qui les pouvoirs auront été finalement délégués au parlement de Québec, bref le parti qui forme le gouvernement, qui vont réellement exercer la souveraineté ensuite. La souveraineté appartiendra donc à la classe sociale que représentera le parti au pouvoir.

Le projet péquiste ne vise pas d'ailleurs à éliminer l'oppression nationale subie par le peuple. En fait, la bourgeoisie doit s'appuyer sur la résistance du peuple québécois contre cette oppression pour le mobiliser derrière son projet. Mais en réalité, elle peut très bien s'accommoder de ses principales manifestations, particulièrement celles qui donneraient au Québec un avantage concurrentiel. Le mouvement du peuple québécois luttant contre l'oppression nationale et le mouvement indépendantiste sont deux choses distinctes. Le fait que les deux se confondent jusqu'à présent vient du fait que le mouvement du peuple contre l'oppression nationale n'a pu s'affranchir encore aujourd'hui de jour de la direction politique de la bourgeoisie et que la classe ouvrière n'a pas encore réussi à en prendre la direction politique. Or, c'est justement le développement de l'unité révolutionnaire de la classe ouvrière au Canada qui l'amènera à prendre la direction politique de la résistance du peuple québécois.....

La souveraineté péquiste

Le PQ, comme la gauche de Québec Solidaire, ne voit dans la souveraineté qu'un instrument, un moyen de réaliser son projet de société. Mais quel est ce projet?  - Presque tous, sauf ceux qui ne veulent pas voir, savent de nos jours que le PQ a abandonné depuis longtemps la social-démocratie. Aussi je ne m'étendrai pas là-dessus. Mais c'est dans sa vision du rapport du Québec avec les États-Unis que le projet du PQ est le plus menaçant pour la classe ouvrière et le peuple québécois. En effet, c'est la politique délibérée du PQ de s'inféoder davantage à la domination américaine.

Précurseur de l'ALENA, le PQ souhaitait dès le milieu des années 70 que le Canada et les États-Unis finissent par créer une zone nord-américaine de libre échange. Le PQ pensait que le Québec y gagnerait beaucoup dans plusieurs secteurs économiques : «L'économie québécoise est très dépendant du commerce international et son développement repose largement sur ses capacités d'exporter. Le gouvernement du Québec attache donc énormément d'importance à la spécialisation et à la compétitivité des entreprises. Le Québec appuie une libéralisation plus grands des échanges dans certains secteurs déjà concurrentiels mais ces réductions (des contrôles, n.d.r.l.) doivent se faire graduellement et de façon ordonnée.» (Bâtir le Québec, Énoncé de politique économique du gouvernement péquiste, 1979).

Le PQ représente particulièrement les intérêts des PME, «contrôlées en très grand nombre par des Québécois» (Bâtir le Québec, ...). Cette bourgeoisie n'est pas nécessairement arrivée au stade de l'exportation des capitaux et prévoit son développement surtout dans l'exportation de ses marchandises. Elle espère se faire une place sur le marché américain dans le cadre d'une économie plus intégrée avec les États-Unis. Cette section de la bourgeoisie se considère mal servie par les politiques fédérales qu'elle trouve trop protectionnistes, particulièrement à l'époque de P.E.Trudeau: « Somme toute, même si la politique national (c.a.d. fédérale, n.d.l.r.) a bénéficié au Québec au tout début du siècle, elle a ultérieurement eu pour effet de centraliser le développement industriel en Ontario. Cette politique a, en outre, rendu l'industrie secondaire québécoise peu efficace, fragile et peu innovatrice». (Bâtir le Québec, ...)

Conséquent avec cette orientation d'intégration avec les USA, le PQ envisageait même en 1979 de favoriser une sorte de sous-traitance nationale: « Le gouvernement envisage sérieusement l'implantation dans la région de Montréal d'une bourse de sous-traitance, c'est-à-dire d'un intermédiaire pouvant mettre en relation les entreprises «passeurs d'ordres» et les PME québécoises.» (Bâtir le Québec,...). Le PQ proposait aussi dans cet énoncé de politiques économiques, et ce dès 1979, d'adopter tous les credo néo-libéraux, compressions budgétaires dans les services publics, déréglementation, etc.. On sait que par la suite, le PQ a appuyé directement le Parti conservateur de Mulroney. Or, plus qu'un appui électoral, les Jaques Parizeau, Bernard Landry, et autres ténors péquistes ont fait campagne en faveur de l'ALENA.

Bref, un Québec souverain sous la houlette du PQ, risque fort d'adapter ses politiques selon le modèle des États-Unis. Dans un certain sens, la souveraineté formelle acquise de la séparation du Canada serait utilisé aussitôt pour en abdiquer en soumettant davantage le Québec à la domination de l'impérialisme américain. Dans ce sens le projet péquiste est réactionnaire parce qu'il contribuerait au renforcement de la plus grande et belliqueuse puissance impérialiste et il est par conséquent opposé à l'intérêt général de la classe ouvrière et des peuples opprimés dans le monde.

Le projet social de Québec Solidaire vise au contraire à rompre avec le néo-libéralisme et la mondialisation. Il vise à nous soustraire à la domination américaine et non nous y soumettre davantage. Selon Québec Solidaire, la souveraineté est un instrument nécessaire pour réaliser son projet de société, qui se veut le contraire du projet péquiste. Québec Solidaire soutient que la souveraineté et son projet de société sont intimement liés. Mais en même temps, tous ont pu constater que Québec Solidaire traite volontiers la question de la souveraineté non seulement comme un instrument, mais bien souvent comme un but, en lui-même, un objectif souhaitable, séparée du reste du programme. Même, on se présente souvent avant tout comme un parti «souverainiste», alors qu'il nous semble que l'emphase devrait surtout porter sur le projet «socialiste». On envisage par exemple de possibles alliances avec le PQ pour atteindre l'objectif de la souveraineté, de se considérer dans une même grande famille souverainiste, etc.

Mais, ce faisant, Québec Solidaire ne se nie-t-il pas lui-même? Car l'acte de naissance de Québec Solidaire et de ses prédécesseurs (RAP, UFP), consistait précisément à rompre enfin avec la stratégie par étape ou la gauche abdiquait continuellement de son programme au profit d'un large front national de collaboration de classe pour atteindre la souveraineté. Or envisager de faire la souveraineté du Québec avec le PQ au pouvoir (ou une autre force bourgeoise éventuellement), n'est-ce pas précisément revenir par la porte d'en arrière à la stratégie en étapes en mettant de côté son programme socialiste (ou social-démocrate)? N'est-ce pas s'éloigner de son programme dans la mesure où ça implique dans les faits de cautionner le renforcement de la domination impérialiste américaine sur le Québec et même sur le reste du Canada?

Avec qui doit-on chercher alliance?

L'intérêt de la classe ouvrière du Québec n'est pas de s'allier à sa bourgeoisie pour lui permettre de conquérir la plénitude des pouvoirs. Son intérêt est de faire le socialisme et d'entraîner dans ce mouvement le maximum de forces ouvrières pour prendre le pouvoir elle-même. Dans la question nationale, nous, communistes, considérons avant tout l'intérêt de la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme, non seulement du point de vue de la classe ouvrière de la nation opprimée, mais de la classe ouvrière internationale. A cette fin, nous recherchons surtout la paix nationale et le meilleur contexte favorisant l'unité de la classe ouvrière pour la lutte de classe et pour le socialisme. Cette paix nationale ne saurait être assurée que par la démocratie la plus large et par l'égalité des nations en droit. L'inégalité et l'oppression nationale ont pour effet de diviser la classe ouvrière, de soumettre celle-ci à la politique (de) sa bourgeoisie nationale et par conséquent d'entraver la lutte pour le socialisme. Les communistes des nations dominantes doivent pour contrer cette division et pour permettre l'unité de la classe ouvrière défendre inconditionnellement le droit des nations opprimées quant à eux  « doivent défendre au premier chef l'unité et l'alliance des ouvriers des nations opprimées avec ceux des nations oppressives, sinon ces » communistes  « deviendront les alliés de telle ou telle bourgeoisie national, toujours prête à trahir les intérêts du peuple et de la démocratie, toujours prête, pour sa part, à annexer et opprimer d'autres nations ». (Lénine, Le prolétariat révolutionnaire et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, O.C. tome 21, p 424).

A notre point de vue, même si le PQ et Québec Solidaire n'ont pas exactement le même but final, il demeure qu'à l'heure actuelle, que les deux partagent bon nombre d'objectifs progressistes, notamment le soutien des revendications ouvrières et populaires. Ces revendications sont très souvent partagées par les organisations ouvrières dans le reste du Canada. La lutte pour la sauvegarde de notre système public de santé se déroule à travers le pays. L'accès au logement va de même. Même, peut-on convenir que la reconnaissance du droit du Québec à l'autodétermination nationale exige (non pas légalement mais politiquement) le soutien de la classe ouvrière au Canada?

Pour renforcer ses positions progressistes, Québec Solidaire selon nous doit chercher à développer les liens de solidarité de classe à travers le Canada, et prendre ses distances avec les positions nationalistes étroites et ne garantir aucun soutien à la bourgeoisie québécoise. Dans ce sens, nous trouvions que la position que présentait Option Citoyenne à ses débuts était supérieure à celle que Québec Solidaire a fini par adopter, parce qu'il y avait plus d'ouverture à diverses options et que la position n'était fermée sur la souveraineté du Québec. Même si la classe ouvrière canadienne n'a pas aujourd'hui de position solidaire de reconnaissance du droit du Québec à l'autodétermination, c'est une position qu'il faut construire. Il n'en tient qu'à nous de lutter contre la division que nos ennemis alimentent.


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